‹ Le SaharaChapitre 204 sur 346 · Revu0 d'eihnogr., 1885, I, p · texte numérisé non relu

Revu0 d'eihnogr., 1885, I, p

â. Estât de topographie médicale d'Ouargla Paris, 1890, p. 11.

3. J. Grawfurd, The eolour at a test of the racet of men, t. II, p. 251. — Pr. Mûiler, il//^6metne EihnographiCy p.53.— Topinard, L'Anthropologie, Paris, 1879, !§•, p. 353, etc.

teint d'une race pure. Rappelons à ce sujet une observation curieuse du général Faidherbe. L^éminent écrivain, fort de son expérience acquise au Soudan, montre avec quelle facilité, malgré certaines doctrines courantes, une même souche change de couleur au gré des croisements subséquents.

c Qu'un chérif aussi blanc que possible s'établisse au Soudan, il y épouse une négresse; son fils, véritable chérif, quoique mulâtre, épouse aussi une négresse : il en aura un fils presque noir, et si celui-ci épouse à son tour une négresse, son fils sera tout à fait nègre, et, dans le plus grand nombre de cas, ne pourra pas être distingué d'un nègre pur. Il n'en sera pas moins chérif et très légitimement chérif. Mais continuons notre hypothèse. Ce chérif noir éprouve le besoin de faire le saint pèlerinage de la Mecque; il se rend en Arabie et s'y fixe. Comme thaleb et comme chérif, quoique noir, il trouvera facilement à épouser une femme arabe blanche; le fils qu'il en aura sera un mulâtre qui, épousant une blanche à son tour, aura un fils très clair de teint, et si celui-ci épouse encore une blanche, il en aura un fils tout à fait blanc et qui souvent ne montrera pas de traces sensibles de métissage. Donc, dans cette famille, le premier chérif, blanc, aura eu un descendant direct noir à la quatrième génération, un descendant direct blanc à la huitième, et il pourrait en avoir de la même façon un noir à la douzième, un blanc à la seizième et ainsi de suite... Cela paraît étrang^c au premier abord, mais cela est positif, et je le certifie comme témoin oculaire de faits qui le prouvent *. »

Pour que le teint foncé de certains Sahariens prouvât donc quelque chose, il faudrait qu'ils ne se fussent pas croisés avec des nègres du Soudan : or c'est ce qui est arrivé de tout temps. De toutes les oasis où l'on trouve de ces populations noires, il n'en est pas une qui ne serve depuis des

i. Collection des inscriptions numidiques, avec des aperçus ethnographiques, LUle, 4870, p. 28-29.

siècles d'étape aux caravanes du Soudan. On sait par les historiens arabes que, dès le ix^ siècle, les convois d'esclaves se rendaient au Nefzaoua et au Fezzân «, et ce commerce, alors dans toute son activité, avait certainement commencé à une époque antérieure. Il ne s'est jamais interrompu depuis. Combien de milliers de nègres ont ainsi passé par le désert? Nul no le sait. Le nombre doit être énorme ; il y a quarante ans encore il en venait 3 à 4 000 par an à Rhât *, 2 500 à 3 000 au Fezzân ' et toujours une partie de ces nègres est restée en la possession des habitants du désert. Aussi, partout où ce flot humain a passé, nous trouvons des populations au teint noir. A Ghadâmès c'est la classe des Atrlya, « mélange de nègres africains et des enfants de sang mêlé que les Ghadàmésiens ont de leurs rapports avec des négresses «; » à Derdj, sur la route de Ghadâmès à Tripoli, les Berbères ont tant de sang nègre dans les veines qu'ils sont maintenant c des noirs bien bâtis aux traits caucasiques ■ » ; à Bhàt, les Berbères blancs, fondateurs de la ville, sont maintenant en minorité devant une population foncée c issue du mélange de ooirsduSoudan, de marchands de Ghadâmès, du Touat,etc.<.» Les habitants d'Aoudjila, de Siouah, sur la route de caravanes du Caire, ont en grand nombre le type nègre et le teint foncé'. Le sang nègre est partout dans le désert' : quoi d'étonnant, si Ouargla et l'Oued-Rirh, situés sur une autre grande route,

i. (Al-Jaqubi, Deseriptio Al-Magribi, sunUa ex libroregionum,iraiâ, deGoeje, Leyde, 1860, 8» p. i4). — Chron, d*Ibn-Hammad, trad. Cherbonneau. Joum, oiiaL, 185â, If, p. 472. — Ibn-Rhaldoun, Histoire des Berbères, trad. de Slane, m, p. 201.

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