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CHAPITRE XIII

l'homme dans ses rapports avec le climat

AcUon du climat sur Thomme. — Renseignements dont on dispose en ce qui concerne le Sahara.

Adaptation du corps à la température extérieure. — Effets différents de la chaleur humide de l'Afrique équatoriale et de la chaleur sèche duSabara. — L'anémie, conséquence de l'accommodation aux climats chauds. — Alimentation rationnelle des indigènes.

Maladies que le climat saharien comporte. » Effet bienfaisant de la sécheresse de Tair; absence de maladies infectieuses. — Insalubrité des oasis trop humides ; la malaria à Mourzouk, dans les oaisis égyptiennes, au Djerid, à Ouargla. — Son influence sur la distribution des races. — Maladies communes au désert ; effets de la lumière, du rayonnement nocturne, de la mauvaise qualité des eaux.

Type physique de l'habitant du désert. — Santé, longévité, maigreur. — Altération de ce type chez les Tebous établis au Soudan. — Évolution des races sous l'influence du climat. — Cette influence ne va pas jusqu'à créer un type entièrement nouveau.

L'homme subit, comme Tanimal et la plante, le contrecoup du monde terrestre qui l'entoure. En butte aux atteintes du climat depuis le berceau jusqu'à la tombe, son corps malléable a dû se plier aux exigences de ce maître impérieux. Ses organes se sont réglés sur les impressions physiques les plus fréquentes, sont devenus peu à peu inhabiles à telle fonction devenue inutile ou nuisible, plus aptes, au contraire, à telle autre, sollicitée d'eux chaque jour. Ce sera à coup sûr une recherche intéressante, de voir par quelle série de modifications salutaires l'organisme humain s'est mis en harmonie avec les différents climats. Modifications d'ailleurs utiles à connaître, car plus la différence sera grande entre la constitution de l'Européen et celle de l'indi-

gène, moins il y aura pour le premier de chances de s'acclimater.

Cette étude, vaillamment entreprise par les médecins de la marine dans la zone intertropicale de l'Afrique, est à peine ébauchée en ce qui touche le Sahara. Pourtant, les observations ne font pas entièrement défaut. Un certain nombre d'explorateurs sahariens, Ritchie, Oudney, Dickson, Nachtîgai, Rohlfs et autres avaient fait des études médicales ; leurs relations de voyage, et même celles de Barth et de Duveyrier. fournissent sur Faction du climat désertique plus d'une indication précieuse. Pour le Sahara algérien, nous avons mieux. Quelques médecins de Tarmée, pris d'une émulation féconde, ont imité leurs collègues de la marine et publié soit en brochures, soit dans les Annales de médecine militaire^ des observations de plusieurs mois faites dans l'Extrème- Sud, tant sur les indigènes que sur les Européens. On possède ainsi des topographies médicales de Biskra, du Djerid tunisien, du Mzab, du Soûf, d'Ouargla. D'autre part, M. le D^ Weisgerber, ancien membre de la mission transsaharieunc Choisy, a publié un Apeixusur les conditions sanitaires et hygiéniques du Sahara algérien et de tOued'Rir\ Ce sont là des travaux dont le géographe peut et doit faire son profit. Enfin, quelques observations faites en Haute-Egypte et dans différents déserts du globe pourront servir de comparaison.

Une des fonctions les plus importantes de l'organisnie sous tous les climats consiste à maintenir sa température normale. Chacun sait que l'homme, comme tous les animaux à sang chaud, non seulement produit de la chaleur, mais qu'il a besoin, pour vivre, de garder une température à peu près constante. Que, par une cause quelconque, cette temperature s'élève ou s'abaisse de quelques degrés, la mort survient à bref délai. De là une lutte continuelle entre les influences atmosphériques, qui tendent à faire varier la température du corps, et les fonctions organiques, qui ten-

(lent à la maintenir. Le système nerveux augmente ou diminue, som Vexcitation du dehors^ la perte et la production (le chaleur du corps. En un mot, l'homme ne vit qu'à con-î dilion d'adapter sans cesse sa température propre à celle du milieu extérieur.

Au Sahara, il se trouve à cet égard dans des conditions toutes spéciales. Au lieu d'être plongé dans une atmosphère plus ou moins humide, il y rencontre un air presque toujours très sec; au lieu d'un milieu sensiblement plus froid que lui-même, une température qui, pendant des heures, approche de celle du corps. Cette situation n'est pas sans avoir sur l'homme des effets considérables. L'organisme, qui continue à produire de la chaleur, est menacé d'une élévation de température : immédiatement ou voit augmenter les fonctions qui amènent des pertes de chaleur. Le sang afflue à la peau, et celle-ci, qui est d'autant meilleure conductrice qu'elle est moins sèche, abandonne à l'air une plus grande quantité de chaleur. Mais il est des endroits au Sahara où tous les jours en été, la température de l'air peut être égale ou supérieure à celle du corps. Dans le premier cas, la quantité de chaleur perdue parle corps est nulle, dans le second, c'est lui qui en reçoit. Ce qui sauve alors l'Européen, c'est la transpiration. La sécrétion de la sueur, acte réflexe qui suit l'élévation de température, prend sous les tropiques des proportions inusitées, et son évaporation absorbe une notable quantité do chaleur, prise en grande partie au corps même. En activant la transpiration l'homme peut donc dans une certaine mesure se refroidir lui-même. Seulement il faut que l'atmosphère s'y prête. Si l'air est presque saturé de vapeur, la transpiration persiste, mais l'évaporation est presque supprimée. C'est ce qui rend si pénible à supporter la chaleur relativement modérée de bien des parties de l'Afrique. Tous les voyageurs ont décrit cette sensation de chaleur étouffante et lourde, qui fait haleter l'Européen comme dans une étuve et le courbe anéanti, alors que le thermomètre marque

trente ou trente et un degrés à peine, mais qu'il se produit surle corps, suivant le mot d'un observateur*, une véritable stagnation de la sueur.

• Rien n'est comparable, dit M. le Dr Borius *, à l'anxiété maladive dans laquelle se trouve alors l'Européen. Immobile dans un fauteuil, il a le corps couvert de gouttelettes de sueur, comme celui d'une personne qui \aent de se livrer à un exercice violent. La fatigue que nous éprouvons n'est pourtant pas la même que la fatigue du travail : c'est une faiblesse des membres, surtout des jambes, un malaise indéfinissable qui porte à éviter tout mouvement, tout travail physique et intellectuel, et qui ne permet cependant pas le sommeil. Tourmenté par des nuées de moustiques auxquels il est. presque impossible de se soustraire, nous cherchons vainement l'air qui semble faire défaut. C'est dans des moments pareils que la marche lente des heures inactives permet de sentir les ennuis et les souffrances de l'exil, et que, suivant l'expression d'un de nos collègues, Tâme veut quitter sa prison et la livre à la première maladie dominante qui se trouve là. •

Si l'on passe au désert, quelle différence! Dans l'air chaud, mais sec, l'évaporation à la surface de la peau est intense et rapide ; la sueur, enlevée au fur et à mesure, n'apparaît abondante que si le corps immobile laisse se former autour de lui une couche d'air stagnante et bientôt humide*. C'est ce qui a fait dire* qu'on transpire moins dans la Haute-Egypte qu'en Italie. Pour employer une image familière, le corps se comporte comme ces gar-

1. Dr Layet; Etudes d*hygiéne interlropicale, Arch, méd. nav., 4877, XXVIU, p. 48.)

â. Les maladies du Sénégal, Paris, 1882, p. 125.

Voir aussi Nachtigal : das Hitzegefûtil war entsctzlich (Sah, und Sudan, II, 131). Celte description n'a rien d'exagéré, si Ton songe à la lassitude qu'on éprouve parfois en Europe, avant les forts orages de Tété.

3. Rohlfs, Kufra, p. 153. — Nachtigal, II, p. 55i. — Dr Lanel, Essai de topographie médicale d^Ouargla^ Paris, 1890, p. 9.

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