‹ Le SaharaChapitre 215 sur 346 · Nacbtigal, I, p. 2o · texte numérisé non relu

Nacbtigal, I, p. 2o

guide de Nachtigal qui, après deux jours de marche à l'aventure, sous le soleil de juillet, n'ayant rien bu depuis vingtquatre heures, tendait son verre au voyageur à demi mort, en disant t qu'il n'avait pas encore soif, mais qu'il comprenait que pour les autres, ce commencement de privation pouvait être dur *» ! Que dire de l'indigène australien qui, loin de toute nappe liquide, coupe les racines d'une espèce d'eucalyptus et se contente de la sève qui en découle »? Évidemment, ces hommes sont protégés contre le climat par une accommodation plus profonde. En quoi consiste-t-elle ? Il est permis ^out au plus d'émettre ici une conjecture, d'après ce qui se passe chez l'Européen au bout d'un certain temps de séjour.

Chez tout Européen transporté depuis quelques mois sous

Jes tropiques, on voit les principales fonctions organiques se

Ralentir. Il y a diminution de l'appétit, et par conséquent

^tttrition moins active; l'homme respire moins souvent, et

Par suite absorbe moins d'oxygène ; le sang lui-même cir-

t^ule plus lentement, et les globules rouges diminuent en

'^ombi*^ ; en un mot, il y a anémie*. Or on sait aujourd'hui

que 1^ chaleur animale a sa source dans la multitude des

réactions chimiques dont notre corps est le siège, « dans la

«estrtiotion progressive des principes immédiats de nos ali-

™ents et de nos tissus * », Elle varie en raison directe

^ ^i^tonsité des phénomènes organiques, et en particulier

^^ fonctions nutritives. L'anémie, qui les réduit au strict

necess^iîre, est donc encore une forme de l'accommodation de

'^rno aux climats chauds*.

^* ^st probable que chez l'indigène saharien, comme chez

V ^^^*^tigal. p. 289.

* Ti^^i^'et, art. cit., p. i7. — Rattray, Areh, méd. nav.y i874, XXI, p. 376, etc. . 1- Lambling. Des origines de la chaleur et de ta force chaz les êtres

""^ 5 1* ^*^"s» ^^86. p. 106, etc.

' ^y«t, art. cit., p. 44* — Nielly. Hygiène des Européens dans les pays

le nègre, celte anémie est l'état normal. A défaut d'observations précises, son alimentation parcimonieuse est un indice assez significatif. Laissons de côté les Touareg et les Tèdas qui sont sobres par nécessité et non par système *; mais Talimentation ne varie guère dans toute l'étendue du désert. Quelques dattes, et une pâte ou une bouillie, de farine d'orge ou de sorgho, voilà le fond de la nourriture du riche et du pauvre; le nomade, qui n'a souvent pas de farine, la remplace par un peu de lait*. On vit avec luxe lorsqu'on combine les trois genres d'aliments, comme au Souf et dans TAïr'. Quant à la viande, elle est réservée pour les grandes solennités. La nourriture du Saharien se compose donc en grande partie d'hydrates de carbone, d'une moindre proportion d'albuminoïdes, enfin de graisses en infime quantité. Or, si l'on examine la part de chacune de ces catégories d^aliments dans la production de la chaleur animale, on trouve, à poids égal, les graisses au premier rang, ensuite les albuminoïdes et en dernier les amylacés *. Le Saharien combine donc instinctivement sa nourriture de façon à produire le moins de chaleur possible, et, ce faisant, il s'adapte involontairement au climat. L'expérience, qui pousse les habitants des pays froids à absorber des quantités considérables de graisse et, en général, une nourriture substantielle, pousse évidemment le Saharien à s'en abstenir. La preuve en est le malaise que l'Européen ressent dans les pays

4. « Jamais peuple ne fut plus pauvre. » (Duveyrier, ouv. cité.) — Voir aussi Nachtigal, I, p. 267 et suiv. — Leur pauvreté est telle, qu'il y a souvent dénutrition, et leurs accès de gloutonnerie, lorsqu'ils peuvent manger gratis, s'expliquent par le besoin qu'ils ont de se c refaire».

2. Barth, passim. — Uomemann, I, p. 125. — Rohifs, Reite darch MnrokkOj p. 169. — Le fait que le Dr Lénz avait emporté de la viande sôche, du café, du riz et du beurre fut considéré comme un luxe inouï, et le vieux guide Mohammed déclara plusieurs fois qu'il n'avait jamais vu voyager de la sorte. (Lenz, Timbouetou, II, p- i6.)

3. Dr Ëscard, Étude médicale sur VOucd-Soûf, (Arch, méd. miX, 1886, VII, p. 60.)

i. Frankland, Rev, Semt,, 1867, p. 81. — Lambling, ouv. cité, p. 91 et suiv.

chauds à la suite d'un régime trop substantiel, malaise qui est souvent le prélude de troubles . profonds. Bien des hépaUtes et des abcès du foie n'ont d'autre cause qu'une alimentation mal comprise. Chez les indigènes, ces accidents n'existent pour ainsi dire pas*.

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