LES MALADIES DU SAHARA
Il ne suffit pas, pour apprécier l'influence d'un climat sur l'homme, de connaître les modifications qu'il impose à l'organisme sain. Il faut savoir quelles sont les maladies que ce climat comporte, car elles ne sont, après tout, qu'une autre manifestation de son pouvoir. La malaria, la dysenterie, l'hépatite ne défendent-elles pas l'accès de certaines parties de l'Afrique bien plus sûrement que la chaleur?
On sait quel est le pouvoir redoutable des infiniment petits, de ces légions d'êtres microscopiques qui, en multipliant les maladies infectieuses, peuvent rendre presque inhabitable tel ou tel pays. Le Sahara, ce grand déshérité, est sous ce rapport un des pays les plus sains delà terre : la sécheresse, la chaleur et la lumière intenses arrêtent le développement des germes, ou les tuent. Déjà Lyon avait observé le cas de cadavres qai se dessèchent et tombent en poussière sans se corrompre ' ; cinquante ans avant les recherches de Downes et de Blunt, la preuve que les germes de putréfaction ne résistent pas à une radiation intense a été ainsi fournie par le soleil du désert. Le microbe malarien, ce fléau qui imprègne le sol vierge de l'Afrique tropicale, qui empoisonne l'eau de ses marais et de ses fleuves, et. même la brise qui lèche leur surface, disparait lorsque rhumidité cesse de s'allier à la chaleur. Au Mzab, à
i, D»* Escard, art. cit., p. 60. — Nielly, Hygiène det Européem, p. 10, etc.
S. The skin, with the hair on it, remained unbroken and perfect, although so brittle as to break with a slight blow. {A Narrative of TraveU in Norlhem Afriea, p. 88.)
Ghadâmès, à Djofra, dans TAïr, à Agadès, il n'y a pas de fièyres endémiques <. Le Tibesti, ce pays désolé, possède a un des clioiais les plus salubres de la terre » : la fièvre^ la dysenterie, Thépatite, le ver de Guinée, la lèpre, tous ces maux africains y sont pour ainsi dire inconays \ Aa Soûf, où il n'y a ni eaux stagnantes, ni décomposition d'aucune sorte, les seuls cas de maladie sont des récidives de fièvres contractées ailleurs, t Dans sa région desséchée, presque sans ombrages, exposée aux ardeurs d'un soleil de feu dont les rayons sont réfléchis en tous sens par les dunes, le Soûfi, débilité et anémié, reste indemne de fièvre véritable •. »
Cette immunité ne tient pas aux hommes, mais au sot même. Le commerçant du désert qui va au Soudan contracte la fièvre et en meurt \ Le Maure qui apporte la gomme à Saint-Louis ou à Podor, redoute pour la même raison les séjours au bord du Sénégal ^. Partout la fièvre est en raison inverse de la sécheresse de l'air. Les Hauts-Plateaux algériens, secs et balayés par les vents, sont infiniment plus salubres que le Tell^. En Egypte, il y a moins de fièvres au Caire qu'à Alexandrie, dans la Haute-Egypte qu'au Caire ". Au Sénégal, Vharmattariy le vent du désert, fait diminuer la malaria et la fièvre jaune : la saison sèche est la saison saine pour les Européens, malgré la chaleur '.
't.Duveyrier, Coup d'œil sur le pays des Beni-Mzab, p. ^21. — Dr Hoffmann, Mi$i. de Ghadâmés, p. 349. — Rohlfs^ Kufra, p. ^57. — Barth, I, 526; II, 665.