Borius, ouv. cit., p
ï^'airseô du désert est donc aseptique, comme l'air des hautes régions au niveau des neiges éternelles.
Aussi le Sahara est-il, parmi les régions chaudes de 'Afrique, la seule qui soit relativement clémente aux Européens. L'état sanitaire des missions qui en ont fait Texplo- ''^tion scientitique est toujours resté excellent. Les fatigues, les privations même, sont bien mieux supportées qu'au ^^udan. M. Rohlfs, allant à pied du Tafilelt à Igli, par une ^'^aJeur torride, maigrissait à vue d'œil, mais se portait à '^^rveille * . Caillié, épuisé par les fièvres soudanaises, à ^'OiB nourri, par charité, d'une poignée de riz et de dattes, w^ ^t*rivé de l'autre côté du désert plus valide qu'il n'était
^V Y a pourtant une ombre à ce tableau. Partout où l'on
>3tv>^ve de l'eau stagnante au désert, partout même où Thumi-
^iié surabondante sature un sol riche en matières organiques,
les conditions de l'Afrique tropicale sont reproduites, et
l'impaludisme, la dysenterie reparaissent. Ce n'est même
pas, comme on pourrait le croire, le chott à demi liquide qui
offre le plus de danger : la salure extrême de ces boues et la
croûte cristalline qui les recouvre s'opposent le plus souvent
aux fermentations putrides. Bien que cela semble un
paradoxe, ce qu'il faut craindre le plus au désert, c'est
l'oasis. On est séduit par cette masse de verdure, par ces
sentiers pleins d'ombre le long desquels les récoltes
mûrissent sous le toit des palmes et des arbres fruitiers ;
mais cette richesse ne s'obtient souvent qu'à force d'humidité
malsaine. Ces milliers de canaux que Pindigène ou le
puits artésien remplissent sans cesse d'une eau limoneuse
et tiède, en laissant à l'évaporation le soin d'enlever
ce dont le sol ne veut pas, sont comme le réseau dans lequel
la fièvre enserre son domaine. Toutes les oasis, par bonheur,
i. Reise dureh Marokko, etc., p. 104.
i. c Ma santé se soutint au mieux dans le désert. > {Journal d'un voyage d Temboetow et à Jenné, etc., tome III, p. 10.)
ne sont pas dans ce cas : le plus souvent, le vent du désert circule librement sous les palmes, et balaye les miasmes, s'il y en a; mais malheur aux oasis qui sont trop abritées, ou dont la végétation est trop dense. La teinte terreuse du visage, la décoloration des lèvres, les yeux caves, les frissons périodiques, la rate et le foie énormes, la forte mortalité infantile, tout révèle chez l'habitant la cachexie palustre, l'empoisonnement profond et chronique du sang.
Mourzouk, cernée par les palmiers au fond d'une « fosse » marécageuse, est une de ces villes empestées ; tous les Européens y ont eu la dysenterie et la fièvre; Ritchie et Warrington en sont morts * . Siouah, Khargueh, noyées par les eaux artésiennes, sont également insalubres, et leurs habitants ont le teint plombé comme ceux de la campagne romaine '. Nafta et Tozeur sont les « reines du Djerid • : grâce aux ruisseaux qu'entretiennent les sources bouillonnantes, plus de cinq cent mille arbres poussent dans leurs palmeraies touffues. Mais ces belles forêts ombreuses respirent la fièvre '; les sept villages de Tozeur s'égrènent sur la lisière de l'oasis, tant les habitants redoutent les émanations des jardins^. Malsaine aussi, la jolie oasis de Négrine, si bien blottie au fond du ravin de l'oued Kesrane, qu'il faut être au bord pour découvrir les cimes vertes des pal' miers. Le vent ne pénètre pas dans cette gorge encaissée^ où l'oued et les canaux répandent une odeur fétide : t Dans ce village de 590 habitants, écrit un médecin de l'armée,- 25 hommes seulement sont en état de porter les armes; je n'en connais pas cinq exempts d'infirmités».
1. 11 est extrômemenl rare d*y rencontrer une personne en parfait état de santé > (Denham, trad., I, p. H), « Mourzouk ne vaut pas mieux que les alentours du Tchad. » (Nachtigal, I. p. U4.)
2. Gailliaud, Voyuge d Méroé, I. p. 86. — Rohlfs, Drei MonaU, p. 187. 243. — Schweinfurth, Notice iur la Grande Oaiit, BulL Soe. Géogr,, 1874, p. 629.
3. Vuillcmin, Etude médicale sur le Djerid, Areh. méd. mil.^ 1884, IV, p. 7.