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LES NOMADES

Part de la nature dans Thistoire des sociétés humaines. — Difficultés de cette étude. — Excès du fatalisme géographique : exemple de Ritter.

La vie nomade est moins une affaire de race que de climat. — Nomades des steppes et nomades du désert : analogies et difTérences. — La vie du désert développe Tindividualité. — Esprit d'indépendance, absence de l'idée de patrie. — Faiblesse des liens sociaux : les confédérations touareg, le Touat, les Tebous. — Le nomade saharien ne s'accommode d'aucune autorité efifective.

InsufGsance des ressources que procure la vie pastorale au désert. — Lutte du nomade contre la faim. — Le pillage admis contre moyen d'existence par toutes les tribus errantes du Sahara. — Une razzia au désert : itinéraire suivi par les Cbaâmba en 1875. — Distances parcourues dans ces expéditions. — Tribus qui ne vivent que de pillage.

Mœurs qui résultent de cet état de choses. — Le ghefara, contrat qui rachète le faible du meurtre et du pillage ; universalité de cet usage au Sahara.

Un siècle de la vie d'une tribu saharienne : bistoire des Aoulad-Sliman.

Si Taction de la terre sur Thomme physique n'est pas toujours facile à saisir, celle qu'elle exerce sur son développement social est d'une recherche plus délicate encore. Même au désert, où les conditions d'existence sont relativement simples, combien d'autres éléments ont pu collaborer à l'éducation des peuples qui Thabitent : race, migrations antérieures, civilisations étrangères, religions parfois écloses sous un autre climat! Nulle part le milieu ne détermine à lui seul le caractère et le rôle historique d'un peuple, et il serait tout aussi imprudent d'exagérer son influence, qu'il serait puéril de la nier. Un exemple illustre nous montre combien il y a de péril à vouloir pousser trop loin le fatalisme géographique.

On sait quelle a été l'idée directrice de Ritter. Il croyait

que les continents nous donnent le secret de la fortune diverse des races qui peuplent le monde; il personnifiait ces grandes masses de terre; elles lui apparaissaient comme des êtres gigantesques % qui interviennent puissamment dans la destinée des hommes, ici pour les maintenir presque au niveau de la brute, là pour les élever vers les sommets de ridéal. En cherchant à définir cette action des continents sur rhumanité, Ritter avait surtout en vue leurs formes extérieures. « La richesse d*un continent en îles et en péninsules prouve qu'il est supérieurement organisé et plus apte à favoriser le développement des sociétés humaines. ^^ Et il partait de là pour dire que nulle part ce développement n'est moins avancé qu'en Afrique, que nulle part l'histoire de l'homme n'apparaît moins dégagée de la terre*.

Sans doute, une grande simplicité de contours peut être un désavantage, lorsqu'elle se complique, comme en Afrique, de l'absence de fleuves navigables; mais est-ce cela qui influe le plus sur les sociétés humaines? Le climat sain ou funeste, le sol riche ou pauvre, la flore et la faune, c'est-à-dire les plantes et les animaux nuisibles ou utiles, n'ont-ils pas à ce point de vue une tout autre importance? C'est l'ensemble de ces conditions, variable d'un pays à l'autre, qui constitue le milieu favorable ou défavorable à l'homme, et non pas l'immense continent lui-même, où diverses régions naturelles se côtoient comme autant de mondes à part. Dans cette Afrique personnifiée à tort comme l'ennemie de toute civihsation humaine, de grands empires débordants de luxe et de richesse ont existé sur les bords du Niger, et le grand sultan Mança-Mouça éclipsait les califes, lorsqu'il allait à travers l'Egypte faire le pèlerinage de la Mecque, suivi d'une

1. « Die grossen Individuen der Erde. » (Erdkunde, 2o édit., Berlin, 1822, Einleitung, p. 10.)

2. « Die Geschichte des MenscheDgeschlechts minder vorangeschritten, und voQ der Erdnatur minder entfesselt, minder frei. » (Erdkunde, tome I, p. 1042.)

armée et d'innombrables trésors*. Le Sahara lui-même, tout déshérité qu'il soit, donne un démenti à la doctrine de Rilter. Il montre à quels résultats peut mener la lutte intelligente de l'homme contre la nature, lorsqu'il trouve dans cette nature les moyens de réagir.

Le Sahara, plus grand et plus aride que le désert australien, renferme cependant des hommes intellectuellement supérieurs. Ce fait ne s'explique pas seulement par une différence de racé. L'Australien, entouré d'une flore et d'une faune excessivement pauvres, est resté au bas de l'échelle humaine, voué à l'existence primitive des nomades chasseurs. Le Sahara renferme un animal et une plante d'un prix inestimable : le chameau et le dattier. Grâce à eux, l'homme a pu franchir les deux premiers degrés de la civilisation : il est devenu pasteur et agriculteur.

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