‹ Le SaharaChapitre 240 sur 346 · Platters, Journal de route, etc · texte numérisé non relu

Platters, Journal de route, etc

richesses, procèdent à celte extorsion comme à l'exercice d*un droit Tout se paye chez eux, du moment que vous n'êtes pas des leurs» Vous leur devez le prix non seulement des viVres qu'ils vous apportent, du guide, que, bon gré mal gré, ils vous fournissent, mais de l'eau que vous buvez, du sol qiie vous foulez, de l'air que vous respirez : ils ont droit de vous vendre tout cela, puisque vous venez chez eux, et qu'ils peuvent vous faire périr. Que reste-t-il des légendaires vertus de V « Arabe du désert » ? L'hospitalité? Ils sont généralement trop pauvres pour l'offrir. Ce qu'on appelle de ce nom au désert n'est le plus souvent qu'une mendicité déguisée. Le Saharien nourrit son hôte comme tout bon musulman doit le faire, mais il attend un présent qui dépasse la valeur de ce qu'il a offert. Et il ne se fait pas faute de renvojer le don trop maigre, et d'en demander un autre qui soit plus en rapport avec sa dignité *. Que de voyageurs, même musulmans, ont pu dire avec Tissot ^ : <f l'hospitalité arabe est toute d'ostentation et de calcul. »

Sans doute, le cœur ne perd pas entièrement «es droits, et4*on trouve, même au Sahara, des hommes désintéressés et secourables. Le cheikh Othmâa, l'ami de Duveyrier, le cheikh Ali, qui au risque de s'aliéner le sultan de Sidi-Hescham, a refusé de faire tuer Lenz dans le désert et de partager ensuite ses dépouilles, sont restés comme des figures patriarcales et pures dans le souvenir de leurs hôtes reconnaissants, M. Rohlfsa vu à Karzas un des misérables Arabes de l'oued Saoura adopter un petit enfant abandonné par une caravane. « Ainsi, même parmi ces scélérats, pour qui la vie

1. RohUiB, Reise dureh Nord-Afrika, MiUh,<, art. cité, p. 26, etc.

2. Géogr^ comparée, l, p. il7 . Voir les relations de voyage de Bou-el- Moghdad, d'Alioun-Sal (Ancelle, ouvr. cité), et le genre d hospitalité que Bou-Derba a rencontrée dans le Sahara central. — L'hospitalité est une vertu réelle chez les nomades des steppes. A une proposition d'indemnité pour la dififk qu'ils ont offerte en i887 à la caravane parlementaire» les Hamyan ont fait cette réponse : « Nous sommes assez riches poor payer l'hospitalité que nbtis donnons.

d'un homme ne vaut guère plus que celle d'une mouche, il est des âmes accessibles à des sentiments plus doux ^ » Lorsqu'au mépris des contrats les plus solennels le camp du même voyageur, à Koufra, fut forcé par ceux mêmes qui devaient le défendre, tandis que les brigands, venus pour tuer et furieux de trouver les tentes vides, brisaient les coffres, piétinaient les instruments, éventraient les sacs de vivres, et que le reste de la tribu applaudissait à cette scène de vandalisme, un homme, un vieillard, s'approcha et vint crier dans le tumulte : « Je n'ai jamais voulu avoir affaire aux chrétiens, j'ai toujours été d'avis de ne pas les amener sur nos terres; mais vous avez mangé leur pain, malédiction sur vous et votre félonie ! ' » Les pires conditions d'existence ne peuvent abolir la conscience humaine. Seulement, au désert plus que dans tout autre pays, le droit ne compte que s'il est appuyé par la force'. On a pu dire de l'Allemagne, à certaines époques troublées du moyen âge, que le poing armé y faisait la loi*. Nos indigènes d'Algérie appellent le Sahara d'une façon analogue : le pays du bras^, ou le pays de tapeur^. Toute l'intelligence des nomades, toutes leurs rares qualités d'énergie et de bravoure n'aboutissent qu'au désordre et à la guerre perpétuelle.

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