Nachtigal, I, p
échappent à ce nouveau massacre. Pour la deuxième fois en moins d'un demi-siècle, la tribu était presque anéantie ; Barth, en 1855, croyait sa disparition prochaine \ Et pourtant, seize ans après, Nachtigal retrouve les indomptables pillards sur sa route. A force d'opiniâtreté et de combats, ils ont reconquis leur place au désert; comme par le passé, ils errent du Tchad au Fezzân, du Ouadaïà Koufra, razziant, avec ou sans prétexte, tous ceux qu'ils rencontrent sur leur passage, indifférents à la communauté de race, peu soucieux de la foi des traités, sans respect pour les gens du roi de Ouadaï, dont ils se disent les auxiliaires, redoutables même aux caravanes où se trouvent quelques-uns des leurs '.
c C'est vrai, disaient-ils à Nachtigal, qui leur reprochait leurs rapines, nous vivons exclusivement d'injustice et de péché; mais comment pourrions-nous subsister autrement? Le travail I Nos pères ne l'ont jamais connu, et ce serait une ignominie de déroger à cette coutume des privilégiés de ce monde * . »
Toute la morale, on dirait presque toute l'existence du nomade, se résume dans cette parole et dans cette odyssée. Elles nous montrent, dans leurs conséquences extrêmes, les instincts qui caractérisent les tribus du désert; leur indépendance, et leurs vertus guerrières, et leur orgueilleuse paresse, et leur avidité.
i, hêi$m, m, p. 60.
s. Nachtigal, 1, pp. i3i-39.
3 Nachtigal, II, p. 98.