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LES SÉDENTAIRES

Les conditions de la culture au Sahara. — LMrrigation : i* dans les oasis de sources : nivellement des jardins, distribution de Teau, forage de puits jaillissants ; — 2» dans les oaisis de rivière : canaux, barrages et puits; importance des crues pour les labours; difficulté de l'arrosage au Mzab

— une oasis de rivière en Asie ; — 3® dans les autres oasis : appareils, divers pour extraire l'eau de la terre; les fùggarat, aqueducs du désert-

— Cas où l'on déblaye le sol jusqu'au voisinage d'une nappe souterraine ; les travaux de la culture au Soûf.

Condition sociale du sédentaire : exploitation de l'oasis par le nomade. ~ Les khammés, — Asservissement des gens de Bilma aux Touareg d'Air.

— Misère des populations .sédentaires au Borkou. -~ Conséquences de ce régime dans les oasis : anarchie politique, absence de pouvoir judiciaire : la force fait loi. — Une exception à la règle : le Mzab.

Décadence presque générale des oasis : diminution des cultures à Khargueh, à Ghadâmés, au Nefzaoua, au Djerid. — LeZab et l'Oupd-Rirh au moyenâge. — Disparition de populations sédentaires au Borkou, à Koufra. — La production est presque partout inférieure aux besoins.

La culture, au Sahara, est née sans doute du besoin de suppléer à la vie pastorale. Elle a dû être le premier efforl fait pour réagir au désert contre les fatalités naturelles, pour chercher dans une existence moins primitive les ressources que la vie nomade ne pouvait fournir.

Obligée de s'adapter à des conditions climatériques toutes spéciales, l'agriculture saharienne ne ressemble guère à celle des autres pays. Elle est avant tout une arboriculture. C'est l'ombre du palmier qui rend possible le travail du sédentaire; c'est la datte qui en constitue le principal produit : c'est à faire prospérer l'arbre nourricier et tutélaire que l'habitant de l'oasis met presque tous ses efforts. Le

dattier, tel que nous le connaissons, est en effet un produit de J'industrie humaine. Sauvage, il a les palmes plus courtes, les tiges plus minces, et buissonne volontiers au ras du sol; ses fruits sont petits et n'ont pas de noyau : c'est ainsi qu'il se présente dans les parties incultes de Koufra, et dans les oasis désertes au sud de la Grande Syrte : Maradé et Abou-Naïm * . 11 faut que l'homme aille lui-même porter le pollen aux fleurs de l'arbre femelle, pour obtenir les beaux fruits qui lui assurent l'existence. Ce n'est pas tout: bien rares sont les endroits oii l'arbre, laissé à lui-même, peut puiser par ses racines l'eau dont il a besoin '. Presque partout ces régimes dorés et ce feuillage magnifique représentent le prix d'un continuel labeur.

Le Saharien, on le sait, ne compte pas sur l'eau du ciel. Il cherche l'humidité dans la terre. Poursuite incessante et plus ou moins pénible, suivant la nature des eaux qu'il faut capter. La tâche du sédentaire n'est en effet pas la même, selon qu'il faut demander la fécondité de la terre à une source qui jaillit, à une rivière qu'on dérive, ou à une nappe d'eau qui se dérobe dans les profondeurs du sol.

Les oasis dotées d'eaux jaillissantes sont celles où le travail de l'irrigation exige le moins d'efforts. Il suffit d'ordinaire de creuser des seguia ou canaux d'arrosage, et de

1. Rohlfs» Ku/ra, pp. 162, 197. —Le désert libyque estpeut-ôtre sa patrie d'origine. 11 est & remarquer à ce sujet que la qualité des dattes augmente d*e8t en ouest au Sahara: elles sont meilleures au Soùf qu'à Ghadàmés (Mircher, Mi$tim de Ghadàmèi, p. 152), au Tatllelt qu'au Touât (Ibn Batoutab, trad. IV, p. 376); enfin elles semblent encore supérieures sur l'Oued Draa. (Rohlfs, ouv. cité, p. 162 ) Les dattes de l'Adrar occidental sont également excellentes. Ceci s'expliquerait par le fait qu'on n'aurait importé que les meiUeures sortes.

3. On peut citer comme tels les jardins de l'Oued Saoura, certaines parties du district de Tin-er-Kouk au Gourara, de l'oued Lajàl au Fezsan, et de Koufra.

3. Le terme d'oMtf n'est pas usité au Sahara. Les grands espaces plantés de dattiers s'appellent biad, pays; les petits, rhaba, forêt, ou rlKnU, petite forât» ou simplement oued. Dans le désert libyque, on emploie le mot ouahf terme copte qui signifie endroit habité»

veiller à ce que le niveau des jardins ne dépasse pas celui de la source. L'indigène déblaye donc sans cesse, et dans beaucoup d'oasis de ce genre, les parties irriguées se trouvent en contre-bas du sol; à Ghadâmès, les terres ainsi enlevées et contenues par des murs en briques forment des monticules de dix à vingt mètres entre les cultures *.

Lorsque les sources abondent, comme à Siouah, chacun détourne à sa guise les ruisseaux dans les jardins; mais Teau est presque partout une denrée précieuse, dont il a fallu régler l'usage, pour prévenir les conflits. A chaque angle du bassin de construction antique où s'amassent les eaux de la fontaine de Ghadâmès,* on trouve près du canal de sortie, dans une guérite, un homme qui demeure à cette place tout le jour. C'est Vamin-el-ma^ le gardien des eaux. Son office est de remplir sans cesse une tasse percée d'un trou*, et dont le liquide s'échappe goutte à goutte. Lorsqu'elle est vide, au bont d'environ trois minutes, r homme fait un nœud à une feuille de palmier, et il recommence : c'est ainsi que, du matin au soir, il regarde couler le temps. A certains moments, lorsqu'il a rempli tant de fois son horloge, il crie: « c'est le tour d*un tel », et on change le cours de l'eau. Le droit à l'irrigation pendant vingt minutes se paie fort cher à Ghadàmès; les Turcs, qui se sont approprié la source, en tirent un revenu d'environ 50,000 francs par an*. Cet usage de mesurer et de vendre l'eau des fontaines existe au Djerid \ à Figuig et dans mainte autre oasis. On l'a retrouvé de nos jours sur les plateaux arides de la Perse *, et c'est ainsi, sans doute, que du temps

i. Vatonne, Mitiionde Ghadâmét, p. S61.

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