Valonne, ouvr. cilé, p. 30t
caché rempli de balancelles * . * Lorsqu'enfin la récolte moins abondante et les taches dont se couvrent les feuilles indiquent qu'un palmier dépérit, le Soufi étaye l'arbre et creuse une sorte de puits en dessous de ses racines. Il y dépose une couche d'engrais, puis coupe les attaches du dattier, et le laisse descendre dans ce terrain plus humide et plus fertile*: il lui rend ainsi la jeunesse, au prix de ces prodigieux eiforts. Heureux, si Tarbre, cassant ses étais, ne vient pas l'ensevelir dans la fosse qu'il lui creuse!
En somme, à part quelques oasis oh l'eau s'offre d'ellemême, la culture au Sahara est essentiellement précaire. Que, par une cause ou une autre, l'irrigation cesse, la terre durcit aussitôt, les beaux palmiers languissent, et le désert s'empare des jardins délaissés. L'agriculteur saharien est vraiment l'esclave de la terre. Ce n'est pas assez qu'il donne aux dattiers les soins qu'ils exigent sans cesse, qu'il masse la terre à leur pied pour protéger les racines, qu'il escalade leur tronc à trois reprises pour élaguer les branches inutiles, pour féconder les fleurs, pour récolter les fruits; il lui faut encore se mettre à la poursuite de l'eau qui se dérobe, multiplier les barrages ou creuser de nouveaux puits ; déblayer sans cesse les canaux que le limon encombre; fumer ce sol sans humus ^ que la culture épuise; lutter contre le sable que le vent accumule en dunes, et qui ensevelit souvent jus-
1. Nombre de puits en usage dans les huit oasis du Soùf : i,li4. (Jus, Les Oasig du Soûf, p. 8-11.)
2. Duveyrier, Les Touareg du Nord, p. 198. — Vatonne, ouv. cité, p. 303.
3. L'opération de la fumure tient une grande place dans les occupations du Saharien. A Djofra on transporte à dos d'âne jusqu'aux restes de cuisine et aux balayures des rues. (Rohlfs, Kufra, p. 164.) — Léon TAfricain raconte avec quel zèle les habitants du Touàt fumaient leurs jardins. Voici le passage, tel que Jean Temporal Ta transcrit en son langage plein de saveur : i« Ils ont coutume de bailler leurs maisons aux étrangers sans louage, pour retirer seulement le fîens de leurs chevaux ; lequel ils gardent fort curieusement; veoire et ne sauroyent recevoir plus grand déplaisir que de veoir quelqu'un sortir hors la maison pour aller du corps, tellement qu'ils le reprennent fort âprement, disans s'il n'y a pas lieu dedans, pour ce faire. » (Description de V Afrique par Jean-Léon Africain, traduction de Jean Temporal^ Lyon, 1556, in-fol. Livre sixième, p. 310.)
qu'à la couronne les palmiers de l'oasis. Celte terre qu'il cultive le prend donc tout entier; absorbé d'un bout de Tannée à l'autre par les soins qu elle réclame, il n'a pas le loisir de devenir un guerrier. Le nomade en a profité pour l'asservir.