CONDITION SOCIALE DU SÉDENTAIRE
De tout temps le nomade a exploité le sédentaire. Il y a plus de deux mille ans, à l'époque où vivait Hérodote, les Nasamons, les peuples pasteurs de la Grande Syrte, laissaient, l'été, leurs moutons sur la côte et montaient au pays d*Augile * pour y récoller les dattes*. Il a dû en être de môme dans toutes les oasis, depuis que le désert existe. Ayant besoin des fruits de la terre, le nomade a voulu joindre aux ressources incertaines du pillage le produit certain d'une oasis qu'il ferait cultiver pour lui. Quelquefois l'homme est devenu sa propriété comme la terre : c'est ainsi que certaines tribus arabes du Fezzân et les Tebou nomades du Borkou font soigner leurs jardins par des esclaves^; mais le plus souvent la soumission du sédentaire au nomade a été le fait d'un contrat. Exposés aux razzias continuelles des pillards, incapables de se défendre par eux-mêmes, les gens de l'oasis ont dû se faire les protégés d'un groupe, pour ne pas être la proie de tous. Ils ne sont pas des serfs, car ils peuvent émigrer et ne sont la chose de personne; mais ils doivent une redevance en nature, c'est-à-dire le meilleur de leur récolte, en échange de la sécurité. La relation de maître à vassal est ainsi née au désert de l'alliance de cette faiblesse avec cette force brutale.
Un fait surtout a dû contribuer à cet état de choses. La grande invasion arabe du xi® siècle a jeté sur l'Afrique un demi-million de nomades. Expulsés bientôt des grandes villes, raconte Ibn-Khaldoun, ils se rabattirent sur les cam-