Coyne, Une ghazzia dans le Grand Sahara, p
les ksoiir de TOued Zousfana et de TOued-Guir; d'autres nomades rançonnent le Djérid. Dans presque toutes ces oasis, les cultivateurs portent le nom significatif de khammès *. Ils ne touchent en effet que le cinquième de ce que produit leur dur travail : le nomade arrive et prend le reste. Et pourtant, bien des sédentaires du Sahara seraient heureux d'avoir le sort de ces khammès. Il est des populations que la sujétion la plus étroite à une tribu nomade ne sauve pas de la griffe d*autres oiseaux de proie. Peu de tyrannies sont comparables à celle que les Touareg d'Aïr font peser sur les habitants de Bilma. Bien que l'eau abonde partout dans cette dépression de Kaouar, ils ne récoltent que de mauvaises dattes, point de grains, presque point de légumes : les Touareg leur ont défendu de se livrer à la culture, pour les forcer à l'extraction du sel. En retour de ce sel, que les seigneurs de grand chemin emportent, ceux-ci les fournissent de grains» de vêtements et d'esclaves, qu'ils sont tenus d'acheter au prix qu'on leur a fixé. Ils ne vivent même pas en paix pour prix de cette servitude. Pendant l'absence des Touareg, les Aoulad-Slimân surviennent et prennent tout ce qui leur tombe sous la main*. Les autres habitants de Kaouar sont encore moins heureux : comme ils n'ont pas de salines, ils ne sont épargnés par personne. Touareg et Arabes leur font tour à tour des visites dévastatrices, tuant les hommes, emmenant les enfants et les femmes. Il ne reste aux malheureux qu'à fuir par des échelles sur les grands rochers de grès qui se dressent à pic au-dessus de leurs villages, et du haut desquels ils attendent le départ des envahisseurs '.
i. LiUéralement : homme au cinquième.
S. BarU), Reisen, V, p. ^30. — Rohlfs, Quer durch Afrika, I, p. 2i9.
3. Denhani, traduct, I, p. 135. — Richardson, Travelsin the Gi^eat Désert^ I, p. 278. — Nachtigal, ouv, cité, I, p. U21 et saiv.
Les Moquis, Indiens sédentaires du désert de Colorado, utilisent les mêmes forteresses naturelles. Leurs six villages sont b&tis sur quatre énormes tables de grés qui dominent de plus de 300 pieds la plaine sablonneuse et auxquelles un sentier en corniche livre accès. Ils sont là deux mille cinq cents environ, h Tabri de toute attaque ; les Apaches n'ont jamais pu rien entreprendre contre eux. (Loew, Lnt. Wheelers Exped, Miitheil 1874, pp. 408-9.)
Les Dàza sédentaires du Borkou sout plus à plaindre encore. Après que leurs frères de race nomades se sout pourvus à leurs dépens, de plus grands voleurs, les Touareg et les Arabes Aoulad-Slimân dépouillent indistinctement sédentaires et nomades. A leur tour, les gens du Ouadaï, razziés par ces Arabes, viennent au Borkou user de représailles, et les malheureux Borkouans, menacés de tout perdre, en sont réduits à se retourner vers leurs ennemis de la veille, et à faire cause commune avec leurs pires oppresseurs*.
Ainsi, à côté de chaque noyau de population sédentaire et productrice, on trouve des tribus errantes, qui en sont les parasites. L'anarchie a été la conséquence ordinaire de cette intrusion du nomade dans l'oasis. Gênés par cette continuelle intervention étrangère, les sédentaires n'ont su ni s'organiser ni s'unir. « Personne ne regarde l'oasis comme sa patrie; chacun ne connaît que son village*. » L'idée d'un intérêt commun n'existe pas. Ces gens ne se sentent pas solidaires de ceux qui habitent à leurs côtés : ils sont les hommes d'un chef, d'une communauté religieuse, d'un sof ou clan quelconque, et c'est tout. Chaque oasis est divisée en partis irréconciliables, toujours prêts à appeler les nomades ou même l'étranger' à leur secours. L'organisation civile fait à peu près défaut, comme l'union politique. La propriété s'est constituée, mais non le pouvoir nécessaire pour prévenir les conflits. Et les causes de querelle abondent dans l'oasis. 11 arrive que les palmiers soient la propriété d'un tel, tandis que le sol même appartient à d'autres * : celui qui récolte