DÉCADENCE DES OASIS
La domination des nomades a été funeste aux oasis, et il semble que, presque partout, les cultures aient reculé sous ce régime. Les oasis libyques, malgré leur population très dense *, sont aujourd'hui bien loin de leur prospérité passée. Sur 220 puits, que compte Khargueh, 70 seulement sont encore utilisés; un certain nombre de sources se perdent en marécages, et en beaucoup d'endroits le sable recouvre des champs et des villages abandonnés '. A Farafrah, les habitants ne cultivent plus que la portion des terres située au pied même de leurs murailles, car les jardins éloignés sont la proie des Arabes du Barka et des Bédouins du Nil '. Partout où la comparaison avec le temps passé est possible, la décadence se manifeste avec la même netteté. La population sédentaire du Fezzân est certainement en voie de décroissance *, et ne travaille plus avec la même ardeur. Duveyrier a signalé l'abandon de la source de Ganderma, « une des plus belles qu'on puisse trouver dans la région saharienne ^ » . Elle était autrefois défendue par une enceinte de pierre et par un fossé, d'où trois canaux, larges de près d'un mètre, portaient les eaux dans les jardins jusqu'à deux kilomètres de là. Mais lorsque les Arabes assiégèrent la ville païenne de Traghen, ils bouchèrent, dit-on, la source avec des coins en pierre. Aujourd'hui, la muraille tombe en ruines, les canaux sont hors d'usage, et la source
i. Population de TÉgyple (moyenne) : 437 habitants par kil. carré. — des oasis libyques . • • . 331 — —
(Jordan, Phys. Géographie der libysehen Wûsle, p. 202.)
2. SchweiniurUi, iVo(*<stfn zur Kennlniss des Oase El-Chargeh, p. 38G et suiv.
3. Rohlfs, Drei Sionate in der libysehen Wûsle, p. 87. — Dakhel seule est en progrès, mais c'est sous une influence européenne. (Voir plus loin.)
i. Nachtigal, I, p. i79.