LES ROUTES NATURELLES OU SAHARA
La nature, en provoquant les peuples au commerce, leur marque aussi les voies que ce commerce ptut suivre. Dans nos pays, ce sont, d'ordinaire, les moins accidentées et les plus courtes. Au désert, la longueur du voyage et les difficultés de la route s'effacent devant la nécessité impérieuse de trouver de l'eau. C'est ainsi que les caravanes tripolitaines à destination du Fezzân évitent la surface unie de la Hamâda-el-Homra, et aiment mieux se soumettre à une série de montées et de descentes, en franchissant une à une les vallées qui en découpent le bord*. Le commerce a donc
i. Les caravanes passent tantôt par Misda, tantôt plus à Test encorei par Beni-Oulidet Bou-Ndjem.
cherché partout les lignes d'eau, c'est-à-dire qu'il a suivi les bas-fonds ou s'est rapproché des montagnes. Mais une route pourvue d'eau peut être une médiocre voie de commerce, s'il faut emmener avec soi des chameaux chargés de bois et de fourrage. La vraie roule de caravanes sera donc celle qui, en dehors des points d'eau nécessaires, compte le plus de pâturages et d'oasis sur le parcours. Dès lors, un simple examen de la carte indique les routes naturelles du Sahara. Dans l'est, le désert libyque ressemble à un océan vide, sans points do relâche pour les navigateurs, car on ne peut compter comme tell'archipel de Koufra, isolé de toutes parts par d'affreuses solitudes. Pour franchir les 350 kilomètres sans eau et sans herbe qui séparent le dernier puits de Dj&lo de la première de ces oasis, on ne confie aux chameaux que les deux tiers d'une charge, et l'on marche jour et nuit, san§ donner une heure au sommeil *. Pour aller de là au Ouadaï, il faut traverser un second désert de douze jours de marche, aussi nu, aussi terrible que le premier*. Les chameaux qui en viennent sont tellement épuisés, qu'il faut les remplacer pour continuer le voyage '. A l'est de Koufra, jamais une caravane n'a sans doute traversé rocéan des sables. Dans tout le parcours que la mission Rohlfs a fait entre les dunes, des parages de Dakhel à ceux de Siouah, elle n'a relevé ni une piste ni une trace humaine. En partant de Khargueh ou de DakheP, on peut gagner au sud l'oasis de Selimeh, puis le Dar-For; mais ce chemin, suivi par Browne en 1793, n'abrège pas assez pour qu'on
i. Rohlfs, Kufra, p. 258 et suiv.
S. c Un désert de l'espèce de ceux où on no trouve pas de quoi faire un cure-dent. » (Information de Fresnel, Mémoire fur le Wadatt Bull. Soe. Géo.y 1849, I, p. 68).