‹ Le SaharaChapitre 271 sur 346 · La Terre habitable ven Véquateur, p · texte numérisé non relu

La Terre habitable ven Véquateur, p

6. Voir Barth, V. p. 464. — Lenz II, p. 407 : « Dièse Ebeno bildet den Anfang des sogenannten Asauad, des grossen Mimosenwaldes. »

une sorte d'État placé sous la direction d'une compagnie souveraine, dont le chef-lieu était à (ladès », et que ce fait, (l'une portée énorme « est indiqué par la carte de Ptolémée et démontré par la prospérité même de la métropole espagnole», il sort du domaine de Thistoire pour entrer dans celui du roman.

Est-ce à dire que tout soit à rejeter dans sa thèse, comme le veulent d'autres érudits? Non, car ils n'ont pas davantage do preuves à nous offrir. Le silence des anciens auteurs n'est pas probant. Certes, la plus grande partie du monde antique semble n'avoir rien su du Soudan '. Mais il pouvait être connu de gens intéressés à laisser les autres dans l'ignorance. Les Phéniciens ont été, en matière de commerce, les gens les plus secrets du monde ; les marchands latins de Leptis n'ont pas du s'empresser davantage de divulguer la source où ils puisaient leurs richesses. Ils étaient d'ailleurs servis par l'indiiférence des Gréco-Romains pour tout ce qui n'était pas leur monde. Strabon lui-même n'a-t-il pas dédaigné plus ou moins les relations de voyages faits chez les peuples lointains? Des expéditions glorieuses, comme celle de Julius. Maternus dans l'Agisymba, n'ont même pas obtenu une mention des secs annalistes de la Rome impériale. S'ils passaient sous silence des succès cependant flatteurs pour la vanité romaine, comment eussent-ils parlé du commerce qui se faisait sans bruit à travers le désert?

L'absence de monuments n'est pas non plus décisive. Bien des ruines ont disparu, démolies par les indigènes, à qui depuis des siècles elles servent de carrières, où ils trouvent des matériaux tout faits pour leurs maisons. Quelques

1. Certains auteurs comme Strabon ont même piis soin de dire leur ignorance : «Ensuite viennent plusieurs déserts; nous ne connaissons pas toutes ces régions... Nous ignorons de même ce qui est situé au delà d'Ammon et des Auases jusqu'à TÈUiiopie. Et nous ne pourrions pas dire les limites de rÉlhiopie et de la Libye, même pas de la partie qui confine à l'Egypte, ni de celle qui est du côté de TOcéan. » {Géogr. Livre XVH, m, ^3.)

colonnes doriques et corinthiennes encastrées dans les murs des deux grandes mosquées, voilà tout ce qui reste des anciens monuments romains de Ghadâmès *. Aujourd'hui encore, des constructions antiques s'en vont ainsi pierre par pierre, et il est arrivé qu'à trente ans de distance un voyageur n'ait plus trouvé trace de l'édifice signalé par son prédécesseur •. Ainsi Ton n'a pas plus de raisons de nier l'existence passée de ce commerce, qu'il n'en existe de suffisantes pour l'affirmer. Et, à défaut de preuves positives, il y a quelques présomptions.

D'où venaient à Carthage l'or et les esclaves noirs? Il n'est guère probable que ce fût par la voie du Nil. Est-ce bien seulement le commerce des émeraudes qui attirait les marchands puniques dans le Sahara? Pourquoi les Romains ont-ils occupé certaines oasis du désert? Une inscription, qui date du règne d'Alexandre Sévère ', montre Ghadâmès gardée par un détachement de la fameuse légion IIP de Lambèse, plus de deux siècles après que la ville eut été conquise par Cornélius Balbus le Gaditain. Ainsi rattachée à la province de Numidie, elle était de plus reliée par une route militaire à la côte tripolitaine ; les restes d'un ancien fort romain, avec ses terrassements encore visibles, se trouvent sur le plateau, entre Kasr-Djebel et Zintàn*. Garama — sans doute la Djerma actuelle du Fezzân — dut aussi avoir quelque temps une garnison romaine, comme l'attestent les pierres éparses et le tombeau resté debout dans TOued- Lajàl; une route qui passait à Djofra, également romaine*,

i. Rohlfs, Quer durch Afrika, I, p. 69.

2. C'est ainsi qu'en 1823 Pacho signalait encore à Djàlo Texistence d'un hypogée antique, que Hamilton et Rohlfs n'ont pas retrouvé. (Von Tripolis nach Alexandrien, H, p. 50.)

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