Ibid., p
effroyable massacre, s'est chaque fois relevée de ses ruines un peu plus riche et plus populeuse qu'avant. Au milieu du XV® siècle, au moment où le Vénitien Ca da Mosto remonte la côte d'Afrique, Timbouctou entretient déjà des relations actives * par le Touât avec Tunis, et par Ouadan avec le Maroc; elle hérite vers 1469 d'une bonne part du commerce d'Oualata* et devient une des résidences du roi sonrhaï. Alors, suivant Léon l'Africain, les marchandises portugaises, les chevaux, les cuivres, les manuscrits du Maroc, les draps du Sous, le sel de Teghaza, les cauris de Perse s'y donnaient rendez-vous, tandis que les barques de toutes sortes de peuples nègres se pressaient dans son port de Rabara sur le Niger'. Alors les Portugais envoyaient par la Gambie des ambassades « au roi de Tungubutu* », et s'installaient à Hoden (Ouadàn), pour détourner vers Arguin une partie des convois d'or, et aussi — le fait n'est que trop prouvé — les esclaves ^ Mais pas plus à cette époque qu'à un autre moment de son histoire, Timbouctou n'a concentré la vie du Soudan dans ses murs. Elle était la medinah^ la ville savante et architecturale, par opposition aux grandes villes nègres, où l'on ne voyait guère que des toits de chaume; mais Djenné avait sa grande part du commerce, et Gagho, regorgeant d'or et d'esclaves % était la métropole où battait le cœur de cet immense empire. De ce temps date aussi la prospérité d'Agadès . Par une cause
i. Navigationi di Ca da Motlo, dans Ramusio, Navigationi et Viaggi, l, fol. 99-100.
5. « La prospérité de Timbouctou fut la ruine de Birou. » (Ahmed-Baba, p. 529.) — « Ma quando vi regno Heli, che fu un gran principe, essi abbandarono questo viaggio, e se n'andarono à Tombutto 6 ù Gago. > (Léon l'Africain, fol. 77, F.)
3. Ibid., fol. 46, 72, 77, 78. — Alors surgit aussi la ville d'Araouan.
4. De Barros, Décade I, L. iir, traduct. Aiss. Bibl. Nat. n'> 9047, fonds français, fol. 98 v.
5. /6i(J., fol. 99 V. et fol. 49 et suiv. — Ca da Mosto, fol. 9^ D.
6. Grandissima quantité d'oro... infiniti schiavi. (Léon l'Africain, fol. 78, F.) C'est ù Gagho que Mohammed Azkia commença et finit son célèbre pèlerinage, dans lequel il emmena 1,500 hommes et emporta 300,000 mithkal d'or.
analogue à celle qui avait rejelé le trafic d'Oualata vers Test, le commerce de Gagho avait dévié de Tadmekka détruite vers TAïr. Agadès, fondée par des marchands berbères, et incorporée en 1513 au royaume sonrhaï, était alors le point où les caravanes se séparaient pour prendre soit la direction du Caire, soit celle d'Ouargla et de Constantine, soit la roule du Touàt qui menait à Fez, à Figuig et Tlemcen * . Il se faisait
Voies de commerce sahariennes au début du xvio siècle,
à Agadès un tel commerce d'or, qu'on y avait créé pour ce métal une unité particulière, et, bien qu'il ne vienne plus aujourd'hui un grain d'or dans cette ville, on compte encore au Saliara par mithkal d' Agadès*. Dans Test, les rois de Kanem, refoulés au Bornou, ont cédé la place aux Kouka *, venus de la rive orientale du lac Tchad, et qui paraissent avoir dominé un moment jusqu'au Fezzàn. Le commerce par Kaouar se fait surtout avec l'Egypte, et se trouve entre les
\ . Léon rAfricainf fol. 73-76. — Figuig était alors un marché important.