Les Gaoga de Léon l'Africain
mains des gens de Ghadâmès * ; le Bornou importe par cette route des armes et des chevaux'.
Enfin, du xvi^ siècle à nos jours, le commerce saharien se déplace encore une fois. L'empire sonrhaï est tombé en 1591, conquis par les mousquetaires du sultan Moulaï-el- Mansour, et des garnisons marocaines, devenues bientôt indépendantes, se sont installées sur ses débris. A partir de ce moment, « la ruine a remplacé le bien-être ' » ; les Bambara, les Peulh, les Touareg, ont débordé les frontières ; à la place d'une nation, on ne trouve plue que des hordes, qui ravagent ces malheureux pays. Timbouctou est devenue le jouet des Touareg et des Peulh du Macina, qui se la disputent pour y lever l'impôt: la famille des marabouts El-Bakkay, trop faible pour entrer en lutte avec ces puissants adversaires, se borne à les contenir l'un par l'autre, à faire échec au maître du moment*.. Aujourd'hui, la ville, sans murs ni citadelle, est ainsi à tous et n'est à personne, et n'a plus que l'ombre de son commerce d'autrefois; le chiffre de sa population est tombé à une vingtaine de mille, et Ton traverse, avant d'y entrer, une large zone de ruines, qui disent ce qu'elle a souffert*. Son ancienne rivale, Gagho, a disparu de l'histoire, et entraîné dans sa chute le commerce d'Agadès. La plupart des habitants de cette ville ont émigré à la fin du xvni® siècle ^, tandis que les habitants d'Ouargla s'absorbaient dans les guerres civiles, et que les brigandages des Touareg leur fermaient la route d'Amadghor'. Agadès
4. Léon l'Africain, fol. 77 A. — Lu roi des Kouka (Gaoga) était grand anll du sultan du Caire (fol. 80).
2. On les achetait à raison de 1 pour 20 esclaves (fol. 80, A).