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LE COMMERCE DE TRANSIT

Dans tout le Sahara, le transit s'opère à peu près de la même manière. Des marchands arabes ou berbères, établis dans une ville du nord, sont tombés d'accord pour envoyer une caravane au Soudan. Ils ont reçu d'une maison de la cote une pacotille européenne, qu'ils accompagneront euxmêmes, ou qu'ils confieront à un homme sûr; ils ont loué à frais communs un guide pour les conduire. Mais cela ne suffit pas pour que les routes du Sahara leur soient ouvertes : elles sont ce que veut le caprice des nomades, ces éternels tyranneaux du désert. Il a donc fallu conclure avec eux une sorte de contrat d'assurance; on leur paye un droit de passage, on les nourrit gratis toutes les fois qu'ils se présentent, on leur emprunte leurs chameaux pour les transports; en revanche, la cité commerçante obtient pour son commerce une sécurité qui se double souvent d'un monopole, dans ces pays où la plupart des routes voisines sont fermées par les razzias. Lorsque des oasis populeuses se trouvent sur l'itinéraire, les caravanes s'y ménagent bonne réception et libre passage en payant également une ghefara. Enfin, de l'autre

i. Panet, Revue eoloniale^ iSoO, H, p. 443i

cùlé du désert, on aclièle un nouveau patronage : celui d'une tribu guerrière des steppes, s'il s'agit d'une station frontière, comme Agadès, ou celui d'un prince nègre, si Ton est dans une ville du Soudan. Tel est le système d'assurances qui fonctionne sur presque tontes les voies de commerce du Sahara.

Ce sont les Modjabra de Djàlo, la ville marchande de Toasis d'Aoudjila, qui assurent le transit de presque toutes les marchandises entre les ports méditerranéens et le Soudan oriental. Aussi entreprenants qu'habiles, ils ont largement contribué à ouvrir au commerce la nouvelle route du Ouadaï ; la première caravane ouadaïenne qui ait traverse le désert libyque était conduite par un des leurs*. Les Modjabra s'appuient d'une part sur les Arabes Zouya (o à 6,000 nomades), qui sont leurs convoyeurs, de l'autre sur la puissante confrérie religieuse de Si-Senoùsi, dont la maisonmère se trouve à Djerboub, à l'est de Djùlo, et dont ils se sont faits les fervents sectateurs. Cette double alliance leur a livré la route du Caire et de Tripoli au Ouadaï. Cependant les difficultés naturelles sont telles, que le trafic serait sans doute toujours resté médiocre, si les événements politiques n'avaient conspiré en sa faveur. On sait que Nachtigal, par ses descriptions alléchantes, a été la cause involontaire de la conquête du Kordofan et du Dar-For. Le khédive, instruit par lui, les trouva bons à prendre. Mais cette conquête, à son tour, eut un résultat inattendu. Le sultan du Ouadaï, peu soucieux d'entrer en relations avec un voisin aussi envahissant, mit un cordon militaire sur sa frontière orientale : voyageurs et marchandises durent prendre un autre chemin. Les armes que l'Egypte vendait au Ouadaï en contrebande furent envoyées désormais par Siouah et Koufra ; en même temps, les affaires avec Tripoli prenaient une extension telle, qu'au bout de peu d'années les exportations de plumes

i . Fresnel, Mémoire 5tir le Wctday, p. 54.

avaient doublé*. L'iasurrcction malidiste a donné une nouvelle impulsion à ce commerce, en fermant pour longtemps la voie du Nil.

Les Modjabra étendent leurs opérations bien au delà du SaUara oriental. Ils ont servi au moyen âge d'intermédiaires entre TÉgypteet les pays du Niger' ; aujourd'hui encore, ils ont des représentants dans les principales villes sahariennes, et sont à peu près les maîtres du marché de Mourzouk. Le commerce de cette ville est toutefois bien réduit. C'est une lamentable histoire que celle du Fezzân depuis le xvii^ siècle : suite de razzias, de meurtres, de révoltes contre les Turcs et de répressions sanglantes, dont le pays est sorti dépeuplé et appauvrie Mourzouk a certainement souffert de ces révolutions incessantes : les capitaux y sont devenus plus rares, et avec eux l'esprit d'entreprise; mais sa décadence actuelle tient à une autre cause. Depuis que le Bornou, après un retour offensif à la fin du xvi® siècle*, s'est retiré définitivement du Kaouar et du Kanem, personne ne fait la police de la route de Bilma ; ces pays sont restés aux mains des tribus nomades, sans qu'aucune fût assez puissante pour y faire la loi. Les traitants, obligés de convoyer leurs marchandises eux-mêmes, ne trouvaient que des pillards et point de protecteurs". Razziés par les Touareg du Damerghou, par ceux de

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