Barth, IV, p. 80 et suiv. etc
3. Richardson, Travels in the great désert of Sahara, Londres, 1848, U» p. in. — Barth, IV, p. 528, V, p. 20, etc. — Les informations recueillies par staudinger sur le Gourma et le Kebbi et les difficultés que le comman* dant Monteil a dû vaincre pour traverser ces pays prouvent que la situation n'avait guère changé en 1885 et en 1892.
AzJjer, d'examiner d'aussi près que possible leurs rapports avee les traitants indigènes. Ni Duveyrier, ni Bou- Derba, ni Barth, ni la mission de Ghadâmès n'ont obtenu à ce sujet des éclaircissements précis ; mais Richardson, qui a visité Rhàt dès 1843, à une époque où la vue d'un Européen n'excitait pas encore la défiance, a pu observer tout à son aise protégés et protecteurs, et sa relation de voyage, quelque peu oubliée aujourd'hui, les met en présence dans plus d'une anecdote curieuse. Enfin, les lettres d'Erwin de Bary, qui a fait un séjour à Rhàt comme médecin militaire turc en 1876, renferment aussi quelques détails sur la manière dont s'excercele protectorat. Il ne s'agit pas, comme on l'a cru quelquefois, d'une convention en forme, conclue par une confédération de nomades avec telle ou telle ville du Sahara: les marchands ont simplement subi les exigences des maîtres de la route. Dans ce pays où Ton ne trouve d'autre pouvoir constitué que des chefs de tribu rivaux les uns des autres, la protection ne pouvait prendre qu'une forme, celle du patro-^ nage personnel. Les cheikhs influents se sont partagé ces fonctions lucratives ; l'un « protège » les marchands de Tripoli, un autre ceux du Soudan, un troisième ceux de Tunis, et ainsi de suite* : chacun s'est taillé sa part de clientèle étrangère, qui lui paye, sous forme de présents, une taxe plus ou moins élevée, suivant l'usage*. Il semble d'ailleurs que le chiffre de cette taxe dépende avant tout de la fortune du marchand ou du bon plaisir du protecteurs car celui-ci ne se gène nullement à l'occasion de stimulerles générosités hésitantes. Témoin ce cheikh Hatita, qui trouvant l'agent du
i. t The several Sheikhs bave the several merchants under their protection. Shafoo bas tbose of Tunis, Jabour those of Tripoli, > etc. (Richardson, ouv. cité. H, p. Ii2.)
2. Suivant Bartb^ ce sont les Tunisiens qui payent le plus : 10 douros par tête, tandis que les Masrata sont exempts de tribut, en souvenir de la part qu'ils ont prise jadis à. la fondation d'Agadés {Reisen, I, p. 194).
3. Richardson écrit : «c Les marchands payent suivant leurs moyens, souvient un groupe ne paye pas plus qu'un seul individu. » (Ibid.)
marché en train de vendre une ceinture pour le compte d'un riche traitant de Tripoh, lalui enlevait sans façon, enle chargeant de dire au propriétaire qu elle remplaçait avantageusement le présent vraiment trop maigre qu'on lui avait offert * .
En droit, si tant est qu'on puisse parler de droit en pareille matière, le fait d'avoir ainsi achetélaprotection d'un chef met les traitants à Tabri des prétentions de ses congénères; mais il faut compter avec des rivalités, qui ne s'apaisent généralement que par des cadeaux supplémentaires. Ce ne fut pas une petite affaire, lorsqu'Erwin de Bary vint à Rhât en 1877, de savoir à qui revenait le droit de le « protéger ». Deux chefs, nommés Othmân et Eg-Beker, vinrent lui demander simultanément l'un cent, l'autre cinquante thalers, sans avoir cure le moins du monde de sa qualité de fonctionnaire turc. « Comme je me récriais, Othmàn me dit que j'avais à payer non pour mes marchandises, mais pour ma tête. Je déclarai à l'insolent que Rhât n'était plus son pays, mais la propriété du sultan, ce qui le mit fort en colère. » Le voyageur n'en dut pas moins s'exécuter, sous peine de ne plus sortir de la ville. Finalement, les cheikhs décidèrent que c'était Othmân qui avait le plus de droits sur lui, et qu'il devait donner sept thalers — autant qu'un marchand de Ghadàmès — en sa qualité de musulman venu de Tripoli ; s'il fût venu d'Algérie, il eût payé à Ikhenoukhen*. Mais le cheikh évincé, Eg-Beker, n'étaitpas satisfait, et laissait entendre que, s'il ne recevait pas 50 thalers et un burnous, de Bary n'arriverait pas vivant au Soudan. Force fut au voyageur de lui donner un burnous et deux rialy après quoi le chef jura qu'il était son meilleur ami ^ !
Le9 Touareg sont d'ailleurs trop habituésà considérer l'é-
i. Ouv. cité p. 201.
2. Tagebuehdes verstorbenen Dr. E. Von Bary, BerL Zeitsch, Erdk.^ 4880, p. !231-35.