Duveyrier, Les Touareg du Nord, p
protection touareg est acquise à tout nmsulman moyennant finances, en fait, ce sont eux surtout qui en recueillent les bénéfices. En effet, toute relation directe a cessé, pour ainsi dire, entre Rhùt et les marchés de TAlgérie-Tunisie. Les incessants brigandages des nomades tunisiens, Hamamma, Oulad-el-Aïsaoui, Oulad-Yagoub, ont chassé les caravanes des routes au midi du Nefzaoua et du Djerid *, et Ton ne trouve plus trace de l'antique commerce qui a fait jadis la renommée de ce pays. Les haïks de Gafsa, Jes fins burnous djei'idiy sont encore recherchés au Soudan, mais ce ne sont plus les indigènes qui les y portent. Ces produits sont envoyés par mer à Tripoli, et prennent ensuite le chemin de Ghadâmès *. D'autre part, les marchands du Soûf, devenus plus timides depuis que l'autorité française leur a interdit les représailles, ne se risquent plus guère à faire le voyage de Rhât ' ; ils n'y ont plus d'ailleurs le même intérêt, puisqu'ils ne peuvent plus, comme jadis, en ramener des esclaves. Quant aux négociants mzabites d'Ouargla, ils ne vont même pas jusqu'à In-Salah. A l'exception de quelques convois destinés au Touât et à TÉgypte, presque toutes les marchandises de Rhât passent donc actuellement par Ghadâmès. Aussi sont-elles en grande partie entre les mains dos négociants de cette ville, soit qu'ils les aient achetées pour leur compte, soit qu'ils opèrent avec les capitaux d'une maison de Tripoli ou de Tunis, ce qui est le cas le plus fréquent. Depuis une vingtaine d'années pourtant, les juifs de Tripoli ont cherché à s'affranchir de leur intermédiaire v.n expédiant directement des pacotilles confiées à un mandataire musulman, qu'ils intéressent de moitié dans leur
i. Daveyrier, Excursion dans le Djerid, Revue algér. et colon,, 4860, U, p. :U5.
â. Duveyrier, La Tunisie, p. 96, 408-in. — En 1845, quelques petites caravanes de Tunis arrivaient encore à GhadAmès par le Djebel Doulrat. (Richardson, Travels in the great désert, I, p. 244.)
3. Duveyrier, Notice sur le commerce du Sauf, {Rev. alg. et col., 4860, II, p. 638.)
commerce. Vers 1883, ils étaient ainsi arrivés à organiser six à huit caravanes par an *, et lorsque, deux ans plus tard, Staudinger a eu l'occasion d'observer sur place la colonie arabe de Kano, les gens de Tripoli s'y trouvaient en majorité -.
Le Touât n'a plus qu'une part restreinte au commerce de transit du Sahara. Ses caravanes ne vont plus, comme jadis, porter les produits du Soudan à Ouargla, à Constantine, à Tlemcen. Elles évitent même le Mzab, depuis que les roumis y ont interdit la vente des esclaves. Quant aux marchands mzabites, ils ne vont pas au Touât, et c'est à peine si leurs commissionnaires chaâmba y apportent un peu d'épicerie et quelques lainages de fabrication indigène, en échange d'un peu de henné, de plumes d'autruche et de quelques cuirs \ La route du Maroc par l'Oued Saoura est presque tout aussi délaissée, tant on redoute les coups de main des Beni-Mguil, desDouï-Meniaet desBeràber. Seuls, les marabouts de Karzas sont à l'abri du pillage, et escortent trois ou quatre fois par an un convoi au Tafdelt ou à Figuig*. Il ne vient plus au Touât par cette route que du thé, des cotonnades anglaises et quelques fusils ; quant aux produits soudanais que le Maroc reçoit en échange, ils méritent à peine une mention d'après nos idées eiiropéennes : environ cinq cents esclaves, cinquante livres d'or, quelques dépouilles d'autruche, un peu d'ivoire, c'est tout ce qui reste aujourd'hui de l'antique commerce de Fez et du Tafilelt avec ce pays\ En somme, il n'y a plus de relations suivies qu'entre Timbouctou, Rhât et Ghadâmès; le Gourara et