‹ Le SaharaChapitre 299 sur 346 · Bissuel, Let Touareg de l* Ouest, p. 2i · texte numérisé non relu

Bissuel, Let Touareg de l* Ouest, p. 2i

4. La zaouîa est à la fois une école et un couvent où les disciples de tel ou tel ordre religieux vivent des aumônes des fidèles.

ce système d'alliances qu'est fondée la prépondérance commerciale d'In-Salah. Prépondérance plutôt que prospérité réelle, car là non plus le trafic n'est pas grand. In-Salah est plutôt une étape qu'une place munie de grands capitaux. « Il est à noter, écrivait Barth en 1853, que les marchands d'In-Salali, bien qu'entreprenants et habiles, n'arrivent jamais à la véritable fortune. Presque tout l'argent avec lequel ils opèrent appartient aux gens de Ghadâmès, et leur bénéfice personnel leur permet seulement de vivre largement, ce à quoi ils tiennent beaucoup*. » In-Salah envoie à Timbouctou du tabac du Touât, des denrées coloniales, du calicot, du drap, de la poudre et des armes; elle en reçoit des plumes d'autruche, un peu d'or et surtout des esclaves * .

L'organisation du commerce entre le Niger et le Maroc n'est pas aussi simple que dans le reste du Sahara. La multiplicité des routes praticables aux caravanes, le nombre et la force des tribus nomades qui errent dans ces parages, ne permettent à aucune de s'attribuer le monopole du protectorat et des transports. Le trafic se partage donc entre un certain nombre de tribus et de villes. Abouam, la ville marchande du Tafilelt, expédie ainsi de temps à autre de petites caravanes, que des Maures Ouled-Moulat ou leurs frères de sang les Arib ' conduisent à Timbouctou. Mais la grande ligne de transit se trouve plus à l'ouest. Tendouf, fondée il y- a quarante ans au sud du Draa et du Noun, pour servir, comme jadis Agadès, de poste avancé au commerce, est l'endroit où les marabouts Tadjakant forment la t grande caravane » *, qui fait de beaucoup la majeure partie des échanges entre le Maroc et le Soudan. Longtemps on n'a eu

i. Barth, Reisen, I, p. 435 6.

± Ibid., IV, p. 528. — Rohlfs. ouv. cité, p. 189.

3. Les uns et les autres sont des Arabes Makil fortement croisés de Zenaf^a. (De Foucauld, Reconnaissance au Maroc, p. 453, noie.) i. Kafla-el-kebir.

que des données vagues et contradictoires sur ce que pouvait être un de ces grands convois. Un rapport de M. Lacoste, consul de France à Magador, publié en 1887 dans le Bulletin consulaire^ a fourni enfin quelques détails précis. Voici quelle était, d'après ces renseignements dont M. Lacoste garantit l'exactitude *, la composition de la grande caravane de 1887, arrivéedeTimhouctouàTendouf, après un voyage de 55 jours. Elle comptait 650 chameaux, dont 50 employés au transport de Teau et 600 chargés de marchandises, plus 520 esclaves ; enfin 350 chameliers intéressés dans l'affaire, car ils touchent pour Ja location de leurs chameaux le cinquième des bénéfices, tant à l'aller qu'au retour '. Un entrepreneur ou caravanier a dirigé les opérations ; les marchandises de traite, composées presque entièrement de cotonnades anglaises et d'acier en barres *, lui ont été confiées par une. ou deux maisons de Mogador, qui attendent ainsi un an avant d'être couvertes de leurs avances. Voici maintenant le détail des articles transportés au retour * :

40 charges de plumes d'autruche à 75 francs le kilog. . . 450 000 Fr.

8 750 mithkal de poudre d'or à 13 fr. 50 le mithkal 118 125 —

520 esclaves à 200 francs en moyenne & 104 000 —

85 charges d'ivoire à 8 (rancs le kilog 102 000 —

225 charges de gomme à 2 francs le kilog 67 500 —

30 charges de résine aromatique à 5 francs le kilog 22 500 —

45 charges de cire à 2 francs le kilog. 13 500 —

120 peaux de girafe à fr. 75 le kilog 13 500 —

20 charges de cotonnades soudanaises à 6 francs le kilog 18 000 —

35 charges de poil de chameau à 1 fr. 50 le kilog. ... 7 875 —

Total 917 000 Kr~

1. Cette exactitude a été confirmée par la relation de Camille Douls, qui mentionne également l'arrivée de 520 esclaves à Tendouf. ( Voyage à travers le Sahara occidental, Bul.Soc. Géog. 1888.)

2. La caravane de Timbouctou, Bull, comulaire français, 1887. II, p, 23, 24, — Les chameaux sont toujours plus nombreux à l'aller : un grand nombre partent à vide, pour charger du sel en passant à Taoudeni .

3. On compte à peine quelques charges d*épices et de quincaillerie dans un convoi (Ibid,, p. 26).

4. Les chameaux ne portent pas plus de 150 kilogrammes, car les petits esclaves font une partie de la route sur leur dos.

5. Ce chiffre parait un peu faible, car les esclaves ont été vendus à des

Les esclaves, à part quelques échantillons de choix destinés au marché de Marrakech, ont été vendus à Tendouf, avec une partie des denrées encombrantes. Ensuite, la caravane s'est transportée au marché d'Ilerh, dans le Tazeroualt, où elle a laissé ce qui lui restait de peaux de girafe et de cotonnades. Les plumes, l'or, l'ivoire, la gomme sont allés à Mogador, où résident aujourd'hui les armateurs de ce commerce. Jadis, la porte marocaine du Soudan était l'excellent havre d'Agadir. Mais cette ville, située au sud du Grand Atlas, n'était pas sous la main du sultan : le port a été fermé aux navires, eC les marchands ont dû se transporter sur l'autre versant.

Les petits convois qui se forment en dehors de la grande caravane ne prennent pas tous la route de Tendouf. De tout tempSy les cheikhs indépendants des districts montagneux de la côte ont su attirer les caravanes et en tirer profit. Dès le xvu® siècle, le petit-fils d'un chérif vénéré du Tazeroualt, devenu souverain d'un petit royaume, était entré en relations d'affaires avec le Soudan. Un de ses descendants, Sidi-Hachem \ érigea la protection du commerce en système. Il promit de rembourser les traitants qui seraient volés en se rendant aux momsem ou fêtes célébrées à Ilerh, près du tombeau de son ancêtre, et tint parole en razziant avec vigueur les tribus coupables. Les clients affluèrent à l'annonce de cette sécurité si rare. On vint de Mogador, de Fez et de Marrakech. Aujourd'hui un juif même se rend sans encombre à ces foires, et le cheikhmarabout se fait un revenu des plus honnêtes avec les offrandes de tous ces étrangers *. Plus au sud, Aouguelmin

prix variant de 150 à 200 francs (jeunes gens de 14 à SO ans)» à 400 et 500 francs (jeunes filles de 10 à 15 ans). Peut-êlre le caravanier a-t-il voulu pallier le bénéfice d'un trafic qu'il savait illicite aux yeux des Européens.

Page 1