‹ Le SaharaChapitre 313 sur 346 · Great losses and shameless extorlion (ouv. cité, p. â · texte numérisé non relu

Great losses and shameless extorlion (ouv. cité, p. â

durent se séparer de la caravane, pour lui permettre de faire ses affaires, et attendirent son retour dans TAougueroût'.

Quatorze ans plus tard, M. Paul Soleillet tentait d'aborder le Touàt d'un autre côt«f». La chambre de commerce d'Alger renvoyait à In-Salah pour décider ces populations à faire des échanges avec nous. Il n'était pas encore à El-Golea, que déjà le chef d'In-Salah lui faisait dire qu'il avait fait serment de ne recevoir aucun Européen et de faire massacrer celui qui tenterait l'aventure. M. Soleillet n'en continua pas moins sa route. Mais, arrivé au premier village, il reçut Tordre de sortir immédiatement de l'oasis; il demanda une réponse aux lettres de la chambre de commerce et de l'agha de Touggourt. on ne voulut même pas les ouvrir; menacé de mort, il dut remonter sur son méhari à onze heures le même soir*. Ainsi le Touât tout entier se montrait réfractaire à nos avances.

On crut quelque temps avoir plus de succès vers Ghadâmès. Un jeune voyageur, Duveyrier, avait pu, à force de tact et de largesses, traverser sans encombre le pays des Touareg Azdjer. Il avait été protégé chez eux par un marabout d'une rare intelligence, et dans un sentiment de gratitude fort naturelle, il avait mieux aimé faire ressortir leurs qualités que leurs défauts. De ce qu'il les montrait braves, point fanatiques, probes les uns vis-à-vis des autres, respectueux de la femme, sensibles à ce que nous appelons le point d'honneur, on avait conclu qu'ils étaient les alliés naturels de toute nation civilisatrice et que leur pays nous était ouvert. Une mission française fut donc dépêchée à ces « chevaliers du moyen-àge » . Ikhenoukhen et les autres chefs de tribus reçurent rendez-vous à Ghadàmés pour conclure

1. Colonieu, Voyage au Gourara et dans l'Aougueroût (Bull. Soc. Géog.f 4892, p. 88-94).

2. Soleillet, VAffique occidentale, Algérie, Uzab, Tidikell, p. 90, 221 et suiv.

un traité de commerce avec la France. La mission les attendit en vain. Elle allait repartir lorsqu'enfm deux chefs parurent, dont l'un était ce marabout Si-Othman qui avait guidé Duveyrier. Ce fut avec ces chefs, qui n'apportaient en fait de pouvoirs que des assurancex verbales', qu'on signa rinalcment le traité. Oo pouvait avoir quelques doutes sur la valeur d'un accord conclu o au nom de la nation touareg- » par deux personnages secondaires, alors que les chefs influents ne daignaient ni se montrer ni répondre, et M. Rouher s'avançait beaucoup, lorsqu'il assuraitqu*^ ce traité donnait une entière sécurité aux caravanes françaises ou algériennes =. Plus tard il se trouva quelqu'ua pour en faire l'épreuve. M. Dournaux-Dupéré, accompagné de deux négociants, l'on français, M. Joubert, l'autre originaire du Soàf, partit de Gliadàmès pour se rendre au marché de Rhàt. " Les Touareg que j'ai vus ici se souviennent parfaitement du traité, et s'en félicitent, écrivait-il à Duveyrier; le moment est des plus favorables à une reprise sérieuse des relations a%'ec eux. n Quelques jours plus lard, tous trois étaient assassinés sur la hamâda, par des gens de cette même tribu des Ifoghas, qui avait pour chef Si-Othman, le signataire du traité de Gliadàmès ".

i. OlhiudD m'aiiuit qu'Ameur et lui ont les pouvoirs nécessaires pour Imiter avec nous, et que d'ailleurs tklienoukben viendra lui-métne... • (Hircher, Journal tUroutt,Miitioa d» G\addméi, p. 131.)

2. Circulaire aux chambres de commerce (Annoltt du Comtn. Bjit., Afrilue intérieure, févr. 1Sti3, a" *.)

•I, Un chef targui de RtiAt. qu'on a tout lieu de croire sincère, car il crojail parler ù un musulman comme lui, a fait à ErwiD de Bary le récit suivant i\f la catastrophe : • Les quatre Ifoglias qui venaientavec eux de Ghad&mès avaient prémédité le iiiGurlre. Quatre autres Ifoghas les attendaient sur la hamada, sous une tente ; lorsque les voyageurs s'approchèrent, M. Joubert voulut piendre son fusil, mais tes guides le rassurèrent en lui disant qua c'étaient des gêna d'ikhenoukben. H. Joubert fut immédiatement massacré. Dournaux-Dupéré voulut fuir, mais fut rejoint et tué, car il n'avait pas d'armes. Les Français savaient que les Ifoghas étaient en mauvais termes avec Ikhenoukhen. Héme s'ils étaient venus avec des Ket&ma. on les eùl sans doute tués de même. • (Tagebucli det vtrttorbtatn Dr. Erain von Bar-jf. Bcrl. Zeittck. Erdk., 18811, p. Ï29-30.J

En 1876, nouvelle tentative, ^Xaite cette fois auprès des négociants de cette ville : M. Largeau vint les trouver à deux reprises, pour leur garantir la vente de leurs marchandises aux prix de Tripoli, et une entière sécurité pour la roule, s'ils voulaient bien se rendre en Algérie, avec des produits du Soudan. Il reçut de belles paroles, et se croyait certain do détourner au moins une caravane vers Touggourt. 11 ne ramena ni un négociant, ni une charge de marchandises. Le jour venu, les Ghadàmésiens prétextèrent les menaces des Turcs de Tripoli, tandis que le kaïmakam niait avoir reçu aucune lettre du pacha '.

Cependant on ne renonçait pas à Talliance des Touareg. Malgré Tavis de la minorité de la Commission supérieure du Transsaharien, qui niait « la possibilité de nouer avec eux des relations diplomatiques », on décida Tenvoi d'une mission sans appareil militaire a qui se mettrait en relations avec les chefs des Touareg et chercherait à obtenir leur appui * ». La mission Flatters partit d'Ouargla pour le Haut- Igharghar. Cherchant les chefs touareg qui se dérobaient devant elle, elle dévia vers Test jusqu'au lac Menkhough, où elle ne trouva que des nomades sans autorité, mais doués de capacités dévorantes qui la forcèrent à revenir en arrière pour se ravitailler. Elle se remit en marche l'année suivante et de nouvelles avances furent faites aux chefs des Touareg Ahaggar. On sait comment ils répondirent : par le guet-apens et le poison. La mission, trompée par des lettres et des émissaires qui lui disaient que « tout était aux mieux, qu'elle pouvait marcher en toute confiance^ », menée à dessein par ses guides à travers les districts les plus arides et les plus déserts, fut surprise et massacrée près du Bir-el-Gharama; ceux qui échappèrent tombèrent dans

i. Largeau, Le payt de Birha, Voyage à Ghadàmés, p. 389 et suiv.

2. Derrôcagaix, Les deux missions Flattei's {Bull. Soc, Géogr., 188:?, I, p. 436).

3. FlaUers, Journal de route. Documents relatifs aux deux missions^ p. 298.

une retraite désastreuse, tués en détail par les Touareg qui les suivaient à la piste, ou empoisonnés par des dattes auxquelles on avait mêlé le suc d'une jusquiame qui frappait de folie... Treize hommes seulement, dont pas un Français, furent recueillis mourants par le goum d*Ouargla. Depuis, le lieutenant Palat, pour avoir voulu pénétrer au Touât, est mort. Camille Douls, deviné malgré son déguisement arabe, a été assassiné par ses guides, dans le sud du Touàt, vers Aqabli *. Dans le Sahara oriental, peu s'en est fallu qu'en 1880 la mission Rohlfs ne subît le même sort. On sait quels actes de trahison Tarrêtèrent à Koufra, sur la route du Ouadaï, où elle était envoyée par la Société africaine allemande.

Ainsi, une énorme dépense d'argent, d'héroïsme, de vies humaines, et comme résultat, néant : tel est le bilan de toutes ces entreprises. Aujourd'hui il n'est pas un Français, pas un Européen, qui fasse directement, par la voie du désert, une opération de commerce quelconque avec le Soudan. A quoi faut-il attribuer ce fait décourageant?

On a souvent invoqué le fanatisme. Beaucoup de Sahariens sont A/ioMaw ou adeptes d'une des confréries religieuses si répandues dans le monde musulman' : on a dit que c'est leur malveillance qui nous ferme l'accès du Sahara indépendant. Certes, dans cette société théocratique où tout pouvoir dérive du Coran, le chef religieux se transforme dès qu'il le veut en chef politique, et tous les gouvernements sont tenus de compter avec ces associations de milliers d'adeptes, qui obéissent à un général unique, servi par des agents nombreux et actifs. Mais il ne faudrait pas s'exagérer leur puissance, et, au désert surtout, elle est moins grande qu'on ne le croit. Les Sahariens, notamment ceux de race berbère, sont peu zélés. Beaucoup d'entre eux sont restés

i. Lettre du général Poizat (Comptes rend. Soc, Géogr,, 1890, p. 5à ) 2. Voir, sur l'organisation de ces confréries religieuses, rouvrago de M. Rinn, Marabouts et Khouan,

longtemps réfractaires aux prédications islamiques : une des rues de Ghadâmès, en souvenir de cette résistance, s'appelle encore aujourd'hui la rue du Non*. Plus tard, ils ont adopté avec empressement les hérésies kharedjites, qui leur permettaient l'insurrection contre les vainqueurs. Aujourd'hui encore, les Ghadâmésiens passent pour des musulmans très tièdes. Les Touareg n'ont ni mosquée ni mufti; du temps de Duveyrier, une trentaine au plus avaient fait le voyage de la Mecque, et les Hoggar ne se faisaient pas scrupule de piller les caravanes qui s'y rendaient'. Quant aux pillards du Sahara marocain, ils ont une manière à eux de demander les secours de la religion. « Les Ida-Ou-Blal ne partent jamais pour une razzia sans avoir un marabout dans leurs rangs. Ils l'emmènent pour prier Dieu de rendre l'entreprise fructueuse ; chaque jour ils demandent au Seigneur de favoriser le rezou^ de faire tomber de nombreux voyageurs dans ses pièges, de lui inspirer les meilleures embuscades. On paye ses services sur les bénéfices de l'opération. A-t-on fait de riches captures, il touchera une part considérable. S'esl-on fatigué en vain, n'a-t-on rien pris, c'est un mauvais marabout; on l'accable de reproches, on ne lui donne rien, on ne l'emmènera pas une autre fois'. »

Sans doute le commun des Sahariens ressemble moins à ces brigands irrévérencieux qu'à ces autres voleurs du Tafilelt, qui, apprenant qu'ils avaient affaire à un chérif d'Ouezzan, se transformaient tout à coup en ouailles repentantes* ; mais, chez ces hommes du désert, le zèle religieux ne prévaudra jamais contre le souci de leur indépendance. Là est le vrai motif de leur intolérance. Voyant des pays musulmans passer aux infidèles par voie de conquête, ils ne sont

i. Duveyrier, Les Touareg du Nord, p. 255.

2. Ibid.t p. 413. — Bou-Derba, Voyage d R'at, Revue alg. et eoL, 1859» p. 272.

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