‹ Le SaharaChapitre 314 sur 346 · De Foucauld, Reconnaissance au Maroc^ p · texte numérisé non relu

De Foucauld, Reconnaissance au Maroc^ p

4. Rohlfs, Reise durch Marokho, die grosse Wûsie, etc., p. 70.

que trop portés à voir dans tout Européen un espion. « On le tue comme tel, non comme infidèle. On craint le conquérant bien plus qu'on ne hait le chrétien*. » Ce sentiment est si fort, que les chefs religieux eux-mêmes ne peuvent rien contre lui. Le crédit des marabouts Tidjaniya s'est ainsi usé à notre service. Vers le milieu de ce siècle, ils étaient puissants au Sahara: ils partageaient avec les Ouled-Sidi-Cheikh le respect et les dons des populations du Tidikelt; ils étaient écoutés chez les Touareg eux-mêmes et ont été pour beaucoup dans le succès de Duveyrier. Aujourd'hui leur influence ne s'étend guère au delà du Sahara de Constantine. Les gens du Tidikelt, tout en restant leurs serviteurs reUgîeux, se sont affiUés à l'ordre des Senousi, et c'est à ce dernier qu'ils demandent le mot d'ordre. Quant aux Touareg, ils ne se sont pas fait faute de massacrer l'humble marabout nègre, que l'ordre avait donné au colonel Flatters pour moqaddem. Les grands seigneurs religieux du Sud Oranais, les Ouled-Sidi-Cheikh Cheraga, ont connu des revirements semblables. Tout-puissants au Gourara et au Tidikelt tant qu'ils ont combattu la France, ils ont vu diminuer à la fois leur prestige et les offrandes, lorsqu'en 1881 ils sont restés inactifs, pour faire leur soumission peu après '. C'est au chef de l'insurrection d'alors, à ce Bou-Amama, humble rejeton d'une de leurs branches collatérales, que sont allés les sympathies et les dons, et c'est lui qui exerce aujourd'hui le plus d'influence au Touât, où il vit tranquille et honoré dans sa résidence de Deldoul. Lorsque le grand chérif d'Ouezzan, le descendant le plus direct du Prophète, est venu au Touât pour gagner ses serviteurs religieux à la cause française, il n'a trouvé que froideur et attitude hostile chez ces populations qui, en d'autres temps, fussent accourues en foule pour toucher seulement sa litière ou son cheval. Le respect de l'idole n'a pas tenu devant la crainte de l'étranger.

Page 1