‹ Le SaharaChapitre 315 sur 346 · De Foucauld, ouv. cité, p · texte numérisé non relu

De Foucauld, ouv. cité, p

2. Louis Rinn, Not frontières iahariennes, Alger, 1886, p. 76.

A l'heure qu'il est, les seuls ordres religieux qui soient en progrès au désert sont ceux qui flattent ce sentinvent au lieu de le combattre. Rien n'est caractéristique comme l'extension de la confrérie des Senousîya qui, fondée il y a quarante ans à peine, s'est répandue du Barka au Ouadaï et de rÉgyple au Sénégal', et compte aujourd'hui environ 150,000 khouan ou membres réguliers de l'ordre, tandis que le nombre des musulmans qui le soutiennent s'élève peutêtre à deux ou trois millions'. Son but est de réagir contre l'influence des infldèles qui a corrompu les États musulmans du nord, d'élever une barrière à l'abri de laquelle le véritable Islam puisse refleurir. C'est donc en organisant la défense contre l'invasion européenne que cette secte a mis la main sur tous ces Sahariens ombrageux : sa popularité est moins faite de ferveur religieuse que de haine contre les Roumi,

Cette haine est d'ailleurs d'autant plus vivace, que toute une classe de gens ont intérêt à l'entretenir. Les marchands du Sahara ne craignent pas seulement en nous des concurrents qui menacent leur monopole, mais la puissance qui portera un coup terrible à leur commerce, en interdisant la traite qui en fait le fond. En 60*61, bien peu de produits du Soudan sont des matières assez précieuses pour donner, en dépit du transport ', un bénéfice sérieux et sûr : de tout temps, en échange des articles que les Arabes lui vendent, l'Afrique centrale leur a livré ses enfants. Les traitants préféreront

1. Duveyrier, La Confrérie musulmane de Sidi-cs-Senousi, Paris, 1888. — Nachtîgal, ouv. cité, I, p. 493, iOi. — Rinn, ouv. cité, etc.

â. Aohlfs, Die Snussi und die Derwische^ Gartenlaube, 1889, p. 4âo.

3. On évaluait en 1866 à 23 thalers Marie-Thérèse le prix du transport d'une charge de Tripoli à Kouka. L'entretien de la hôte et du chamelier exigea au moins 6 à 7 thalers : la charge de marchandises coûte donc 30 thalers rendue au Bornou. « En admettant que les frais tombent à SO pour les grandes caravanes, ces marchandises ne donneront un bénéfice sérieux que si elles sont échangées contre des esclaves, des plumes d'autruche ou deFivoire. » (Rohlfs, Quer durch Afrika, I, p. 350.) Id., Nachtigal ouv. cité, I, p. 698.

toujours cette marchandise vivante, qui ne coûte pas de transport, et qu'ils sont assurés de revendre le triple ou le quadruple de ce qu'elle leur a coûté *. En 1850, les sept huitièmes des transactions de Mourzouk portaient sur des esclaves - ; aujourd'hui les ventes continuent malgré l'abolition officielle de la traite; seulement elles ne se font plus au grand jour. Les noirs, amenés dans les jardins par petites troupes, sont introduits de nuit dans la ville, et le gouverneur continue à toucher le droit de deux mahaboub (environ 9 francs) par tête, qui constituait autrefois un de ses reveims publics. La même comédie se joue dans les jardins de l'oasis de Tripoli. Nachtigal estimait à 1,500 ou 2,000 le nombre annuel des esclaves qui passent par le Fezzân '. Le même trafic se fait sur les autres marchés du désert. C'est la différence du prix des esclaves à Bengazi et au Ouadaï qui a déterminé les marchands de Djâlo à braver les dangers d'une route où déjà deux de leurs caravanes avaient péri*. Chaque année, cette oasis reçoit au moins deux grands convois de noirs : beaucoup restent au Barka; d'autres sont embarqués avec de faux papiers pour Constantinople ^ ; la plupart enfin prennent cette route de Siouah, où l'on est à Tabri des curiosités indiscrètes, et

sont dispersés ensuite en Egypte et en Arabie*. Les esclaves sont également l'article préféré des négociants de Kano ' ; ils entrent pour les quatre cinquièmes dans le chiffre des affaires d'In-Salah ' ; c'est l'interdiction de la traite qui a détourné du Mzab les caravanes de cette ville et qui

i. Nachtigal, ouv. cité, I, p. 701.

% Barth, Reiten, l, p. 180.

Page 1