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LE CHEMIN DE FER TRÂNSSAHARIEN

La question du chemin de fer transsaharien — son nom l'indique — ne saurait être traitée ici dans tous ses détails. Ce n'est en effet autre chose que Tétude de la meilleure voie de pénétration au Soudan. C'est aussi, jusqu'ici du moins, une question exclusivement française. Seule des nations européennes, la France possède au nord du Sahara une certaine étendue de côtes africaines, et peut avoir intérêt à les mettre en relations rapides avec le pays des noirs. Essayons de dire brièvement ce qu'on a fait pour résoudre le problème et comment il se présente aujourd'hui.

Il existe, en dehors du Nil, trois voies historiques, qui conduisent au Soudan central et occidental : le désert, le Sénégal, le Bas-Niger. Chacune a ses avantages et ses inconvénients qu'il est bon de connaître.

4. Nachligal, ouv. cité, p. 703. — Nombre d'Arabes restent au Soudan parce qu'ils se sont ruinés à ce commerce. (Staudinger,Tm Herzender Haussalànd^t P* ^^^')

La voie du désert est, nous le savons, la plus ancienne de toutes. Elle a pour elle de traverser un pays sain, de partir d'une côte également saine, habitée par des Européens, dotée d'un outillage économique considérable^ en un mot d'offrir une excellente base d'opérations. Elle a contre elle la distance, — 2,600 à 3,000 kilomètres, selon le point d'arrivée, — la pauvreté du pays intermédiaire, l'hostilité incontestable des indigènes : obstacles qui rendent impossible toute autre entreprise européenne qu'un chemin de fer.

La voie du Sénégal est inQniment plus courte : 4S0 kilomètres séparent en droite ligne les Kayes, tète de la navigation du fleuve, de Koulikoro, sur le Niger. Le Sénégal prolonge ainsi cette belle artère du moyen Niger, navigable en tout temps sur plus de mille kilomètres jusqu'en aval de Timbouctou\ et les anciens géographes arabes n'exprimaient pas tant une erreur géographique qu'une vérité commerciale, lorsqu'ils montraient leur « Nil des Noirs » s'écoulant par le Sénégal jusqu'à la mer. Voilà les avantages. Voici maintenant les inconvénients. Ce sont : le régime particulier des fleuves, barrés par des seuils de roche qui arrêtent la navigation permanente sur le Sénégal, à 350 kilomètres de la côte et à 450 kilomètres sur la Gambie; les défauts de cette côte même, qui mettent le véritable port du Sénégal non à Saint-Louis, à la bouche du fleuve, mais à Dakar, à 200 kilomètres de là; enfin, et surtout le climat. La Sénégambie ne sera jamais une colonie à population européenne; non seulement la malaria y règne, mais la fièvre jaune s'y montre de temps en temps. De là une absence presque complète d'outillage écononlique : on peut dire que la base d'opérations du Sénégal, c'est Bordeaux.

La voie du Niger traverse un pays bien plus malsain

i. € Les canonnières peuvent naviguer en toute sécurité de jour et de nuit, avec des cartes, sans qu'il soit besoin de prendre de. pilotes, entre Koulikoro et Koriumé, le port de Tirabouctou. » (Lieutenant de vaisseau Caron, Comptes rend. Soc. géog., 1890, p. 424.)

encore. Au Sénégal, l'Européen peut à la rigueur travailler pendant la saison sèche; le chemin de fer de Dakar à Saint- Louis a été ainsi construit par des ouvriers hlancs, que la Société des BatignoUes débarquait de novembre à juin et rembarquait dès le début des pluies. Rien de pareil n'est possible sur le Bas-Niger. On sait que tout le cours inférieur du grand fleuve n'est pas dans le Soudan proprement dit. Il aboutit dans une région qui, par son climat et sa végétation, appartient à l'Afrique équatoriale : c'est la forêt vierge, avec ses fourrés impénétrables, son humidité étouffante et malsaine ^ En aval, le delta n'est, suivant le mot d'un voyageur*, « qu'une vase immonde et puante », coupée de milliers de canaux et bordée de ces fourrés de mangliers vénéneux, qu'on rencontre au point de contact de l'eau salée et de l'eau douce. Un fort accès de fièvre est inévitable, lorsqu'on s'engage dans un des bras de ce dédale. Et l'on sait ce que sont ces fièvres du Niger : « Dès les premiers jours, on a perdu la moitié, voire les trois quarts de ses forces \ » En somme, le delta du Niger, le bas-fleuve et la région du Bénoué comptent, avec Lagos, le Kameroun et le Gabon, parmi les districts les plus meurtriers de l'Afrique. Mais le pire climat ne peut rien contre une bonne position commerciale, et à ce point de vue le Bas-Niger est hors de pair. On sait que l'absence de fleuves navigables est le trait distinctif de l'Afrique. Le Niger est navigable jusqu'à Rabba, à 750 kilomètres de la mer*; sa nappe majestueuse porte ainsi les vapeurs à proximité de ces pays haoussa qui comptent parmi les plus riches du Soudan. Ce n'est pas tout : son grand affluent, le Bénoué, permet de pénétrer dans l'intérieur plus loin que le Niger même. Coulant d'est en ouest,

i. P. Staudinger, Im Herzen der Haussalànder, p. 39 et suiv.

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