Timboucloii. Paris
derrière les arguments scientifiques se cachait la rivalité ardente des principaux ports algériens. Chose singulière,— mais qui s'explique en partie par l'absence d'ouvrages français sur la matière, — si Ton s'occupait beaucoup du point d*où partirait la ligne, on ne parlait guère de celui où elle devait aboutir. On décrivait volontiers le Soudan comme un pays uniformément fertile, ce qui dispensait d'entrer dans les détails. M. Duponchel lui-même employait des formules générales telles que « cette mine intérieure, dont les affleurements, visibles à l'œil nu, nous démontrent l'inépuisable richesse.... » En général, on semblait croire que le Transsaharien trouverait partout les mêmes ressources, et, comme la distance était moindre entre le Niger et l'Algérie, on admettait volontiers qu'il aboutirait au Niger. Quelquesuns cependant donnaient la préférence au Haoussa ou au Bornou. Cependant le Transsaharien entrait dans la phase des études officielles. M. Pouyanne, ingénieur en chef des mines, fut chargé d'étudier un tracé d'Oran au Touât ; la mission Choisy eut à comparer ceux de Laghouat-El Goléa et de Biskra-Ouargla ; la mission Flatters devait gagner directement l'Ahaggar. Les résultats furent les suivants: M. Pouyanne, menacé d'une razzia par les tribus marocaines, ne dépassa point Tiout, à la limite des Hauts-Plateaux. La mission Choisy avait rempli son programme et rapportait la conviction que la ligne Biskra-Ouargla était préférable à tous égards. La mission Flatters n*avait pas atteint son but. Elle n'en rapportait pas moins ces résultais considérables : 1° la possibilité de traverser l'Erg par le gassi de Mokhanza, vaste trouée de 50 à 100 kilomètres de large, qui s'étend sur 200 kilomètres au travers des dunes*; 2® un avantprojet détaillé de chemin de fer, sur une distance de 610 kilomètres au sud d'Ouargla, avec des pentes de
1 . Avant-projet de M. Béringer, Docum. relat, aux deux missions Flatters, pp. 228-29.
0""", 65 en moyenne, et une dépense prévue de 100,000 francs par kilomètre * ; 3® la possibilité de prolonger la ligne « dans les mêmes conditions, sur 200 kilomètres, jusqu'à la plaine d'Amadghor^ ». La continuation de la mission fui
Projets de Transsaharien.
décidée. On sait quel désastre la termina, au moment où elle allait laisser TAhaggar derrière elle, et rejoindre à Asiou Titinéraire de Barth. Le massacre, effet des incroyables illusions qu'on nourrissait sur les sentiments des Hoggar, ne prouvait rien au point de vue du Transsaharien. Du reste, s'il pouvait y avoir plusieurs opinions sur l'opportunité de l'entreprise, il ne devait y en avoir qu'une sur la nécessité de venger la mission. Il fallait châtier les Touareg par une razzia iexemplaire, et occuper l'oasis d'In Salah, ce foyer de haine contre la France, d'oii était partie l'idée de tant d'assassinats. Mais, pour cela, il fallait de l'esprit de suite, et, nous l'avons dit, c'est ce qui manque à notre politique coloniale.
i. Avant-projet de M. Béringer, Doeum. relat. aux deux missions FlatUrs, p. 231-33.