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On ne voulut pas rechercher les responsabilités, on aima mieux faire le silence sur cette douloureuse affaire. Le public, la première indignation passée, s'occupa d'autre chose et la mission Flatters fut enterrée.

Le Sénégal lui succéda dans la faveur publique. Sur l'initiative du général Faidherbe et de Tamiral Jauréguiberry, on avait également décidé Pétude d'un chemin de fer du Sénégal au Niger. On sait l'histoire de la mission Gallieni et la conquête qui s'ensuivit. Le drapeau français flotte sur le Niger, de Siguiri à Ségou, et le pays sur les deux rives est couvert de nos forts. Seulement l'organisation économique n'a pas marché de pair avec la conquête. Cependant les levés" (Je la mission Derrien avaient démontré l'absence de graùds obstacles, et en 1881 on votait la construction d'une première section de Médine à Bafoulabé. C'était un peu risqué. Tôt ou tard, il fallait ou bien prolonger le chemin de fer jusqu'à Mafou, où le Sénégal est navigable toute l'année, ou mieux encore, « relier directement Médine à Dakar* ». On voulait évidemment courir au plus pressé, gagner avant tout le Niger. Cela pouvait se défendre, à condition de compléter ensuite la ligne au plus vite. On n'alla même pas au Niger. Les changements de personnel, la cherté des envois, dont quelques-uns, faits au moment de la baisse des eaux, n'atteignirent même pas Médine, le gaspillage du matériel, enfin deux épidémies de fièvre jaune absorbèrent la majeure parlie des crédits ; au bout de deux ans, il n'y avait que quarante kilomètres de faits. Aujourd'hui, le chemin de fer est enfin terminé jusqu'à Bafoulabé, soit un tronçon de 131 kilomètres; on a ajourné la construction du reste, c'est-à-dire des 426 kilomètres qui séparent Bafoulabé du Niger. Là encore, on n'a pas su aboutir.

Pendant ce temps, se passait sur le Niger un événement d'une bien autre portée. Plusieurs maisons anglaises y

1. GalIièni, Mismn du Haut -Niger. (Bull. Soc. Géog., 1882, U, p. i7i.)

faisaient le commerce et la concurrence les menait à la rume, lorsque, en 1879, un homme habile les fondit en une seule. Mais rUnited African Company ne fut pas longtemps maîtresse du marché. En 1880, les bateaux de deux compagnies françaises, la Société française de l'Afrique' équatoriale, fondée par le comte de Semelle, et la Compagnie du Sénégal, remontaient à leur tour le Niger, et la concurrence recommença *. La lutte dura quatre ans. Comme toujours, le gouvernement anglais soutenait énergiquement ses nationaux; il eiit fallu encourager les nôtres. Le gouvernement, qui donnait des millions au Sénégal, n*eut pas une centaine de mille francs pour le Niger. En 1884, les compagnies françaises, lasses d'une lutte inégale, se laissèrent acheter leurs comptoirs. La compagnie anglaise ne perdit pas de temps. Pour prévenir le retour d'un semblable péril, elle se fit décerner en 1886 une charte royale, lui donnant le droit d'administrer le pays, et dès le 18 octobre 1887 l'Angleterre notifiait officiellement son protectorat « sur les territoires possédés par la Compagnie du Niger ».

La France s'était lassée du Transsaharien, lassée du Sénégal, désintéressée du Niger. Elle revient aujourd'liui au Transsaharien. Cette résurrection est due en grande partie aux efforts de M. Rolland, ancien membre de la mission Choisy. Par ses plaidoyers passionnés, M. Rolland a secoué l'opinion publique et suscité de nouvelles controverses. Mais, avant de les examiner, constatons ce qu'il y a de changé. Après dix ans, le problème se présente bien différent de ce qu'il était alorà. L'Algérie n'a pas cessé de se développer vers le sud ; le chemin de fer d'Oran à Aïn- Sefra traverse les Hauts-Plateaux, celui de Constantine touche le désert à Biskra, et l'on vient de mettre à l'étude une ligne de Biskra à Ouargla par TOued-Rirh. Au Soudan, il s'est produit un événement de la plus haute importance :

1. Ed. Viard, Au Bas-Niger, p. 36 et suiv. — Staudinger, ouv. cilé, p. 45J .

nous voulons parler de la convention anglo-française du 5 août 1890. Ce n'est rien moins qu'un premier essai de partage de ce pays.

On sait que la convention du S août repose sur deux notes diplomatiques. Par Tune, le gouvernement français reconnaît le protectorat anglais sur Zanzibar ; par Taulre, TAngleterre nous accorde en échange : 1*^ la reconnaissance de notre protectorat sur Madagascar ; 2° la déclaration suivante :

Le gouvernemeoi de Sa Majesté britannique reconnaît la zone d'influence de la France au sud de ses possessions méditerranéennes, jusqu'à une ligne de Say, sur le Niger, à Barrua sur le lac Tchad, tracée de façoa à comprendre dans la zone d'action de la Compagnie du Niger tout ce qui appartient équitablement au royaume de Sokoto, la ligne restant à déterminer par des commissaires à désigner... Les commissaires auront également pour mission de déterminer les zone» dMnflucnce respectives des deux pays dans la région qui s'étend à l'ouest et an sud du moyen et du haut Niger.

Cet article fait du Soudan deux parts déterminées. Il laisse à l'Angleterre toute la région située entre le Bornou et le Niger, le groupe de royaumes qu'on appelle d'ordinaire les États haoussa. Dès maintenant, Ton est à peu près fixé sur la richesse de ces pays, où le produit des céréales dépasse de beaucoup la consommation locale \ où le tabac, l'indigo, lesarachides, couvrent déjà des champs très vastes *, où « le coton, à en juger par la solidité et la finesse des toiles indigènes, est d'une qualité supérieure ' », où, dans les parties basses, le riz et la canne à sucre croissent à l'état sauvage \ Ce n'est pas tout : on trouve dans la province de Yakoba ou Baoutchi un de ces pays alpestres si précieux sous les tropiques pour la santé des Européens et Tétagement des cultures. Son climat a été comparé par Rohlfs à celui du sud de l'Europe, et la présence d'arbres méditerra-

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