‹ Le SaharaChapitre 333 sur 346 · Ibid., III, p · texte numérisé non relu

Ibid., III, p

4. Au Bornou et au Baghirmi. Nachtigal, ouv. cité, pp. 386-90 et 666.

5. Ibid., p. 387. — Voir aussi Rohlfs, Qtier dureh Afrika, I, p. 348.

recèlent encore une certaine quantité d'ivoire*. Lorsqu'on ajoute qu'il y a au Bornou une population très dense, à demi civilisée, laborieuse, lorsqu'on lit ce jugement de Nachtigal : « Il n'est peut-être pas de pays dans l'Afrique centrale où l'activité de l'homme nous donne l'image de plus de bien-être * », on ne peut douter qu'il y ait là une de ces plaines faites pour servir de grenier au monde, une source de richesse pour la nation qui saura la mettre en valeur. Seuls les pays du Tchad — ou les pays haoussa, au cas oii l'on reviserait la convention franco-anglaise — semblent donc offrir assez d'avantages pour qu'on pèse les chances d'un Transsaharien. Mais où passerait-il, que coûterait-il, quel serait son trafic, à qui reviendrait la lâche de le construire? On a émis à ce sujet une multitude de conjectures. Essayons d'en dégager les quelques faits qui peuvent être considérés comme acquis.

Il ne saurait y avoir de doute sur la direction générale du tracé. Comme Ta observé M. Melchior de Vogiié, si l'on veut jouer une si grosse partie, il faut, au moins, la jouer chez nous; les routes de Rhât et du Fezzân se trouvant en territoire étranger, il ne reste pour gagner ces régions que la ligne reconnue en partie par Flatters et qui passe par Ouarglaet Amadghor. Elle aurait d'ailleurs l'avantage de se raccorder au point le plus avancé de notre réseau algérien : on vient, en effet, de mettre à l'étude une ligne d'intérêt local de Biskra à Ouargla, qui semble devoir faire ses frais, du moins entre Biskra et Touggourt.

Le tracé étant admis, on peut évaluer sa longueur. D'après M. Rolland, elle ne serait que de 2,200 kilomètres: on atteindrait les pays productifs du Soudan à Tintelloust, dans l'Aïr, et Agadès, située à 250 kilomètres plus loin, serait « le centre indiqué de notre puissance politique en

\. Les dents d'éléphant du Baghirmi, blanches» dures, pleines, sont renommées au Soudan. (Nachtigal, ouv. cité, II, p. 678.) 2. /6id., II, p. 387.

Afrique ' ». Il y a là, on ne peut se le dissimuler, une grave illusion. Trois hommes, Barth, Richardson et Erwin de Bary, ont rapporté une description détaillée de l'Aïr ; nous avons résumé plus haut ^ ce que ce dernier a dit de la végétation saharienne de cette région. Les deux autres sontils moins explicites? L'Aïr, dit Barth, « où la culture est restreinte aux fonds étroits des vallées, ne pourra jamais produire assez de grain pour nourrir tous ceux qui Thabi- Icnt... C'est une station agréable de la route désolée qui mène dans l'Afrique centrale ' ». Au sud, on retrouve une hamàda de cailloux, puis on traverse l'Abadardjen, « plateau inhabité et sans eau * », où Ton ne voit que des acacias rabougris, du hâd, et d'autres plantes désertiques. C'est seulement au delà du 15® parallèle, c'est-à-dire à plus de 200 kilomètres au sud de la latitude d'Agadès, à près de 400 kilomètres au sud de Tintellomt, que les voyageurs ont atteint les premiers champs de mil du Damergou : c'est seulement dans le Tessaoua qu'ils ont trouvé les cultures tropicales du Soudan ^ Passons à Richardson : « L'Air doit être considéré comme une partie du Sahara méridional ^.. Sans le commerce du sel, la population se verrait dans l'alternative de périr ou d'émigrer au Soudan \ Les autres ressources dont elle dispose ne suffiraient pas à la nourrir. » Dès lors, sur quoi s'appuie-t-oj[i pour dire qu'à Tintelloust on aurait atteint « les pays productifs du Soudan » ? Et n'estil pas prudent de prévoir pour le futur Transsaharien au moins 400 kilomètres de plus?

Les frais de construction ne sauraient encore être évalués d'une façon précise. Les ingénieurs ont dressé des

i. Le Transsaharien, un an après, introduction, p. vin.

1 Voir p. 93.

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