Reisen, II, p
4. Nachtigal, Sahara und Sudan, II, pp. iSH, 670 et suiv. — Ces Arabes sont environ 100,000. {Ibid, p. 438.)
comme leur antique patrimoine. Ce serait donc une erreur de croire que le Soudan accueillera avec reconnaissance les Européens qui ouvriront à son commerce de nouvelles voies. Lorsqu'en 1880 on discutait au Sénat les crédits du chemin de fer du Sénégal au Niger, le rapporteur prononça ces belles paroles : « G*est par une politique essentiellement pacifique que nous voulons atteindre ce but. Nous avons dit à M. le ministre de la marine que nous ne voulions en aucune façon préparer une expédition militaire, que la construction des postes fortifiés ne devait se faire que sur un territoire cédé bénévolement... Évitant de nous mêler aux querelles intestines des indigènes, nous ne leur ferons aimer, apprécier la civilisation que par l'exemple et la persuasion * . » Douze ans se sont passés depuis, et nos soldats, attaqués sans provocation, ont livré une centaine de combats, fait douze campagnes, et nous n'avons pas encore fini de briser la résistance musulmane sur les bords du Niger. Rien ne prouve qu'il en serait autrement dans le Soudan central. Pas plus au Bornou qu'au Sénégal ou sur le Bas-Niger, lEuropéeu ne fera librement le commerce sans soldats.
C'est même le meilleur argument qu'on puisse invoquer en faveur du Transsaharien. Ses chances de trafic sont des plus médiocres, de l'aveu même de ses partisans * ; les marchandises encombrantes, bois, coton, arachides, prendront toujours de préférence la voie des fleuves *, et tout ce qu'osent rêver les plus enthousiastes,, c'est que le chemin de fer fasse ses frais. Mais il est clair qu'on ne prendrait pied au Bornou qu'en le mettant à quelques heures de l'Algérie,
1. Rapport (le M. Blandio, ai décembre i880, La France dans V Afrique occidentale» p. âO.
â. « Une eotreprise qui en elle-même serait forcément d'un rendement médiocre » (Rolland, Le Transtaharien, un an après, introduction) c ne sera jamais une opération financière avantageuse. • (Ed. Blanc, C. rend. Soc, Géogr., 1890, p. 220.)
8. On sait qu'aux termes de l'acte de Berlin le transit est libre sur le Niger et ses affluents.
et le Traossaharien serait l'instrument coûteux, mais indispensable, de la conquête. Ace titre, il serait bien, comme on Ta dit, « une dépense nécessaire dans la balance générale de l'entreprise ». Seulement à qui reviendrait celte tâche gigantesque?
Nous ne serions pas en France, si Ton n'avait tout d'abord tendu vers l'État des mains suppliantes. A en croire certains publicistes, le moment était venu de faire l'empire français d'Afrique, et, en n'exécutant pas le Transsaharien, l'État eût manqué à tous ses devoirs. Certes, à l'heure où les débouchés se ferment, où les nations semblent vouloir substituer les guerres de tarifs aux coups de canon, il peut être bon pour la France de se tailler une réserve de colonies tropicales, bien qu'elles ne se puissent comparer à celles, autrement précieuses, où notre race peut se reproduire et prospérer. Mais la France n'a-t-elle pas dès maintenant, sur tous les points du globe, bien des domaines en friche, bien des peuples en tutelle, bien des ennemis à repousser? Il lui faut monter la garde en Algérie contre l'insurrection musulmane, défendre la Tunisie contre les convoitises voisines, lutter avec les conquérants barbares au Dahomey et sur le Haut-Niger, gagner le Fouta-Djallon défiant ou hostile, jeter bas dans le Macina les débris de l'empire d'El-Hadj- Omar, jeter un réseau de postes sur l'immense région de rOubanghi, résister au Tonkin à la formidable pression de la Chine, rendre effectif son protectorat sur ce petit continent : Madagascar. Fallait-il encore élargir cet horizon déjà si vaste) ouvrir un nouveau compte de dépenses, courir à de nouvelles campagnes? L'État n'a jamais eu de tels devoirs. Son rôle était d'envoyer des explorateurs au Tchad, pour sauvegarder nos droits au point de vue diplomatique, et, d'autre part, de faire au sud de l'Algérie œuvre de police et de salubrité publique, en occupant In-Salah, ce nid de corsaires du Sahara. M. le commandant Monteil vient de remplir glorieusement la première partie de ce programme
la construction d'un fort au Hassi-Iriifel et la création d'un corps de troupes montées à méhari semblent indiquer que le gouvernement se dispose à exécuter la seconde. Le reste est affaire d'initiative privée. Regardons l'Angleterre, la grande colonisatrice : partout ses colons ont précédé le protectorat. Ils s'avancent en Afrique, négociants, ingénieurs, géomètres, bien armés, bien ravitaillés par des syndicats de commerçants, et la métropole n'intervient que pour les couvrir, vis-à-vis de l'étranger, de sa protection puissante S et pour recueillir plus tard le fruit de leurs efforts. Que serviraient à la France de nouvelles conquêtes en Afrique, s'il ne se trouvait du même coup des Français pour les mettre en valeur? On semble l'avoir compris et l'on parle à présent d'une grande compagnie à charte, qui construirait le Transsaharien à ses risques et périls*. Ainsi présentée, l'entreprise mérite qu'on l'encourage; avec des capitaux suffisants et une direction habile, une compagnie de ce genre peut réussir. La conquête du Bornou et du libre passage au Sahara ne serait peut-être pas au-dessus de ses forces. Quelques centaines d'Européens n'auraient rien à craindre des douze à quinze cents guerriers touareg*, armés de lances et de fusils à pierre, ni de leurs congénères les Kel-Ouï d'Aïr. Quant au Soudan, c'est avec des armées de moins de 800 hommes, dont 300 Européens, que nous avons conquis notre empire; c'est avec 70 blancs et 500 soldats haoussa que la compagnie anglaise garde le sien. Qu'une compagnie privée se forme donc à l'image des sociétés anglaises, avec l'autorisation de l'État, qui lui déléguerait quelques-uns de ses pouvoirs, et tout Français
i. Elle ne le fait qu'à bon escient. La Compagnie du Gap Juby n'a encore pu obtenir la charte royale qui ferait de sa concession un territoire anglais.