Nombre des habitants en 1856 : Ô^TÛO
— — en 1890: 13,300. (Jus, ouv. cité.)
A Tautre bout du désert, on trouve également une oasis en progrès. Lorsqu'en 187i, la mission Rohlfs arriva à Dakhel, elle vit avec surprise de jeunes bois de palmiers, de nombreux puits artésiens de construction récente, des champs tout verts au milieu de plaines de sable : tout témoignait d'une activité peu compatible avec les mœurs orientales. L'auteur de tous ces changements, Hassan-Effendi, était un simple fellah du Nil. Resh^ longtemps au service de l'ingénieur français Lefèvre, il en avait gardé des connaissances techniques qu'il avait employées à augmenter le nombre des puits de Dakhel. En trente ans, il en avaitforé plus de 60, dont quelques-uns de
Ce qui a été fait jusqu'ici au désert, à Taide de la sonde artésienne montre quels progrès on peut en attendre dans Tavenir. Déjà Ton vient de forer trois beaux puits jaillissants à El-Golea ' ; dans la dépression de Matmat, au nord-est d'Ouargla, dans celle de Timassinine, autour de Ghadâmès*, et sur bien d'autres points encore, on peut espérer atteindre les nappes inGItrées à différents niveaux dans les couches perméables du Sahara ^ Cependant il est des personnes à qui cette perspective n'a pas sufQ, et de temps en temps des esprits hardis — de ceux qui ne connaissent pas d'obstacles — rêvent la mise en culture générale du désert. Dès 1857, un Anglais, M. Ch. Boyd, proposait sérieusement de rendre au Sahara ses puits et sa verdure, « en poussant méthodiquement les cultures des bords vers l'intérieur, et de fonder ainsi un État qui éclipserait l'Inde, la Chine et l'Amérique et permettrait à l'Angleterre de se passer du reste du monde». Plus tard M. Largeau nous a confié à son tour ses réflexions et ses espérances*. « Peut-être qu'un jour ces plaines immenses se couvriront de belles plantations de palmiers abritant de nombreux villages, autour desquels piûriront de riches moissons... Il faudrait moins d'un quart de siècle pour couvrir ces sables de belles et riches forêts d'acacias, de pins d' Alep et d'autres essences, au moyen de postes de condamnés civils ou militaires chargés de faire des semis dans les dunes. Les pluies redeviendraient périodiques et peut-être que righarghar, dont le tarissement a desséché les chotts algé-
100 métrés; les terraios en culture avaient triplé et la population de Toasis s'était accrue. (Rohlfs, Drei Monate inder libytchen Wûtte, pp. iSi, 293.)
i. Rolland, Comptes rendus Soc. Géogr., iS92, p. 179. — Un sondage est en cours d'exécution au Hassi-Inifel, au sud-est d'El-Golea.
9. Bajolle, Le Sahara de Ouargla, p. S8. — Vatonne, Mission de Ghaddmés^ p. 269.
3. Les sondages ne peuvent être répétés à l'infini. A multiplier les issues d'une même nappe arlésienne, on risque toujours de diminuer le débit des anciens puits. M est d'ailleurs des plateaux^ comme celui de Lagbouat, où les forages n'offrent aucune chance de succès. (Rolland, C. rend. Soc. Géogr., 1892, p. 194.)
riens, recommencerait de porter vers le nord le tribut de ses eaux. Je pourpensais tout cela, pendant que du sommai de la colline, je contemplais les sables emportés par le simoun . »
Est-il besoin de dire que M. Largeau s'abuse étrangement sur la portée des forces humaines? Sans doute. Pair rafraîchi au contact des forêts y laisse plus volontiers tomber des pluies; mais la croissance des arbres exige toujours ud minimum d'humidité préalable, et cette humidité n'existe plus dans les neuf dixièmes du désert. D'ailleurs, on n'obtiendrait jamais par le boisement que des améliorations locales. L*homme peut bien modifler la répartition de l'eau qui tombe sur un coin de terre, la quantité de pluie qui arrose un continent ne dépend pas de lui. Il n'est pas en son pouvoir de faire ou de défaire les grands déserts, car il n'est maître ni des vents qui les font naître, ni du relief qui les atténue ou les aggrave. Chercher à mieux répartir les eaux que le Sahara renferme encore, retenir les unes par des barrages, ramener à la surface celles qui sont perdues dans le sol, développerla culture des plantes utiles, étendre aux principales oasis du désert l'œuvre si bien commencée dans nos oasis algériennes, c'est là une entreprise plus modeste, mais dont le succès est inQniment plus sûr : c'est ainsi qu'on réalisera au désert, dans la mesure du possible, ce rêve de tous les habitants des pays brûlés de soleil : « Alors dans le désert il jaillira de l'eau, et la terre desséchée aura ses fontaines ^ »