‹ Le SaharaChapitre 100 sur 194 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qu'ils étaient allés trouver ; Pun de ces hommes portait une gourde à laquelle nous les vîmes se désaltérer. Dès que nous les eûmes rejoints, ils me présentèrent aussi la gourde ; j'y goûtai et Feau me parut délicieuse.

L'un de ces deux hommes était un habitant de la petite oasis de Zaouïa que nous devions traverser avant d'arriver à Bhadamès ; l'autre était un Soufi établi dans le pays. Ils nous dirent que depuis longtemps il n'y avait pas eu de rkazia aux alentours et que le pays était tranquille. «

A 1 h. nous passâmes au pied du ghourd Menfrouda, haut de 80 m. environ et isolé dans la plaine comme une sentinelle avancée du Paya de la Mort. Je m'aperçus seulement alors que ce ghourd était relié aux dunes que nous venions de quitter, par deux longues veines allant en demi-cercle vers le sud-ouest et le nord-ouest, enfermant ainsi dans un cercle complet la partie de la plaine que nous venions de traverser.

A 2 h. 10, nous nous trouvâmes sur les bords d'une immense et sombre dépression, devant laquelle je m'arrêtai un instant saisi d'étonnement : c'était la 8ébkhat d Mdah que mon guide avait voulu nous faire éviter en passant plus au nord, mais que nous allions traverser sur l'assurance qui nous fut donnée par les deux hommes qui nous accompagnaient que nous pouvions nous y engager sans danger.

Il me serait difficile de décrire l'aspect de ces lieux et de rendre l'impression que cette vue me produisit: il me sembla être en présence d'une immense fournaise dont la voûte s'était effondrée. La paroi nord de cette dépression, formée de roches de grès rose, est taillée en gradins ; la paroi sud, taillée verticalement, est formée de roches noires comme du charbon ;^

^ Ces roches sont formées d'un tuf d*albâtre siliceux de formatlon aqueuse et composé de sulfate de chaux, de silice pure, de

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du côté de Test, une chAÎne de gour de toutes formes, allant du nord au sud pour relier les deux parois, sont également formés de roches noires, tandia que le fond, tout couvert de fragments de ces roches, a la mime couleur sombre que les bords. L^uniformité de cette couleur n'est interrompue que par une couche de sel de peu d'étendue, qui brille au loin à droite comme les eaux limpides d'un petit lac.

£n descendant dans le fond de cette dépression, il semble que Pon descend au fond des enfers; et cependant, pour le voyageur qui vient de traverser le Pays de la Mori^ ce passage infernal est l'entrée du Paradis.

Cette sébkha n'est pas toujours praticable et celui qui s'y engagerait après les pluies marcherait à une mort certaine ; deux ou trois jours auparavant, un berger et soixante-dix chèvres avaient disparu sous ce sol mouvant, sans .qu'aucune force humaine fût capable d'arracher à la mort le malheureux berger ; mon guide me dit qu'une fois lui-même s'y était enfoncé jusqu'à mi-corps. Les deux bergers qui marchaient avec nous nous firent suivre un sentier qui longeait la paroi nord et sur lequel se voyaient les traces toutes fraîches de chameaux qui y avaient passé le matin.

Je m'aperçus alors, en regardant en arrière, que la. sebkhat el Mdah se prolongeait vers l'ouest jusqu'au pied du ghourd Menfrouda et que, de ce côté aussi, ses parois avaient la même couleur sombre.

Comme nous avancions, quelques silhouettes de palmiers se dessinaient, devant nous, sur le fond noir des gour qui, de loin, du point élevé d'où je découvris la plaine, m'avaient paru être une sombre muraille, interrompue de distance en distance.

silicates de fer et de calcaire en grande quantité. (Analysé par M. Brun, pharmacien-professeur à Genève.)

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