‹ Le SaharaChapitre 101 sur 194 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Au delà de la chaîne de gonr^ noirs qne nous tra- Tôrsâmes à 2 h. 20, et d'un point où la sébkha se rétrécît tout à coup de moitié de sa plus grande largeur, qui peut être de 3000 m., nous aperçûmes la jolie petite oasis de Zaouïa Sidi Mâàbet hou Djerida^ avec son gracieux village entouré d'une étroite ceinture de murailles, dont la blancheur éclatante ressortait merveilleusement entre les roches noires qui Tencadraient.

Ce village, ainsi que l'oasis à côté de laquelle il «'élève, est bien situé dans la sébkha^ mais dans une partie plus élevée que le niveau général du fond; de ce côté, les parois sont généralement taillées dans des roches de grès ferrugineux.

Partant des parois, des puits très-rapprochés les uns des autres ont été creusés sur plusieurs lignes parallèles, puis comblés en partie après avoir été mis en communication par des galeries souterraines qui conduisent les eaux dans un réservoir creusé entre le village et l'oasis. Pour tirer l'eau, lés indigènes emploient un système encore en usage dans quelques parties de la France, notamment dans le Poitou, c'està-dire qu'ils se servent de bascules formées de longues perches montées sur des pivots.

Nous arrivâmes à 2 h. 30 aux portes du village. Nombre de personnes, qui étaient assises sous les palmiers, se dirigèrent aussitôt vers nous et ne tardèrent pas à m'entourer, car la propreté relative de mes vêtements leur avait fait supposer que je devais être un étranger de distinction, quelque marabout peut-être.

Nous nous étions rapprochés de ce village dans 1 e but de faire boire les chameaux qui, depuis dix jours,

^ Je rappellerai ici qae gour est le pluriel de gara^ masse de roches isolée ; tandis que ghourdf pluriel oughroudf désigne une montagne de sable.

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n'avaient vu d'autre eau que celle que nous avions trouvée, le matin, dans les creux des rochers et qui, vraiment, n'en pouvaient plus. Lorsque nous fûmes arrêtés, Rabah, qui était aussi fatigué que ses chameaux, prétendit que ces animaux ne pouvaient boire avec leurs charges et qu'il fallait absolument les décharger; puis il pria Ali de me proposer d'envoyer quelqu'un prévenir le gouverneur de Bhadamès de mon arrivée et de passer la nuit à la zaouïa. Mais mon serviteur lui répondit qu'une semblable proposition ne pouvant que me fâcher, il se garderait bien de me la faire ; du reste, au dire de ceux qui nous avaient accompagnés, nous n'étions plus qu'à une demi-heure de marche de Bhadamès.

A cette réponse, mon -guide renonça à faire boire ses chameaux et nous nous remîmes en marche à 2 h. 45. Ce fut alors qu'Ali me raconta cette fantaisie de Eabah.

Bientôt après nous gravîmes les derniers degrés de la paroi est de la sebkha, et nous aperçûmes, à un kilomètre environ devant nous, l'oasis de Bhadamès ainsi que quelques maisons de la ville bâties en dehors de la forêt de palmiers.

Nous passâmes près de monuments de formes étranges, qui s'élèvent sur une colline de pierres appelée KovÂiat d Eçnam ou OoUine des Idoles^ puis non loin de petites cases rondes en pierres, couvertes en paille d'alfa, que l'on me dit être habitées par des Touareg, et nous arrivâmes enfin aux portes de la ville.

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