‹ Le SaharaChapitre 99 sur 194 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

du ciel: c'éti^it Bhadamès, c'était le port du salut que nous apercevions au loin devant nous, à l'entrée du liamada, ^

Nous descendîmes de ce ghourd et nous qous trou* vâmes dans la plaine, laquelle est loin d'être aussi unie qu'elle m'avait paru l'être d'en haut. Cette plaine, parfois déprimée, usée par les vents à tel point qu'on croirait marcher dans le lit desséché d'une rivière, est souvent couverte d'énormes blocs de grès, épars en tous sens, que l'on dirait soulevés par quelque force souterraine ; aussi ne marchions-nous qu'avec une extrême difficulté. Dans les parties déprimées, la craie blanche se montre à nu à travers le grès en désagrégation ; les parties élevées sont couvertes soit de blocs de grès pâle en désagrégation, soit de blocs de grès rose, noir ou vert que les influences . atmosphériques n'ont encore pu entamer. C'est donc là,^ dans ce hamada usé, qu'il faut chercher le foyer d'alimentation des grandes dunes de l'Erg.

La végétation est presque nulle dans le hamada ; je n'y remarquai d'abord que quelques malvacées, quelques chardons et, par ci par là, quelques arbustes rabougris.

Vers 11 h., nous aperçûmes un chameau qui paissait dans une partie sablonneuse de la plaine où le henna et le chardon poussent par touffes vigoureuses, à travers quelques beaux pieds de retem et dJalenda. Deux hommes, assis à une faible distance du chameau, nous regardaient passer.

^ On désigne sous le nom de "hamokâOj mot qui signifie lieu oîk la chaleur est excessive, les grands plateaux pierreux du Sahara ; ces plateaux sont souvent formés de grès tendres qui, en se désagrégeant sous les influences atmosphériques, forment les sables qui recouvrent certaines contrées.

298 DBUXIÈlfB PABTIE.

Mon guide et Ali, munis de leurs fusils, se dirigèrent vers ces hommes pour leur demander s'il n'7 avait point de Totuxreg pillards aux alentours et si Ton pouvait traverser sans danger la SeèkhatdMelah^^ ou Sébîcha du Sd^ par laquelle nous devions passer.

Comme la conversation paraissait devoir se pro* longer quelque temps entre nos hommes et ces pasteurs, j'ordonnai à Abd-er-Rahman d'arrêter les chameaux.

Outre que mon pied me faisait horriblement souffrir, j'avais une soif ardente, car il faisait une chaleur atroce au milieu de cette plaine de grès (ÔO^ ô) ; mais je n'osais boire de Teau de nos outres, qui avait pris une couleur de suin et répandait une odeur insupportable. Les Châamba eux-mêmes ne la buvaient qu'avec une extrême répugnance.

Pendant que j'étais là, assis sur un- bloc, la tête entre les mains, je crus remarquer que les chameaux, qui s'étaient éloignés de quelques pas, buvaient à une source invisible. D'un bond je fus près d'eux. Ils buvaient en eflFet de l'eau d'une grande limpidité, provenant de la pluie des jours précédents, et conservée dans les creux de gros blocs de grès. Je m'étendis à côté d'eux et je savourai à longs traits cette eau tombée du ciel, qui me parut plus douce que du miel. Abd-er-Bahman fit comme moi ; ce fils du désert ne put se contenir : il chassa un chameau pour boire à sa place, tellement était ardente la soif qui le tourmentait.

Quelques instants après, nous aperçûmes le guide et Ali qui se mettaient en marche avec les deux hommes

* On appelle sehkha (de sàbàkhcO une dépression à fond de sable aquifère presque toujours recouvert d'efflorescences de sel ; la couche de sable, ordinairement peu épaisse, recouvre toujours une nappe d'eau considérable.

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