CHAPITRE VI
s'être informé de mon état, il me dit que sa maison était la mienne et que je lui ferais le plus grand plaisir en allant loger chez lui. Je le remerciai et loi répondis qu'avant de lui donner réponse, je devais attendre l'arrivée du gouverneur que Ton était allé prévenir.
Je sus le lendemain que cet homme était Si El Hady Attira ben Ahmed ben Moussa, riche négociant, l'un des kbar (grands) les plus influents de Ehadamès, pour qui j'avais une lettre de l'agha de Touggourt, et qui m'aida ensuite de toute son influence auprès des autres négociants ses amis.
Si Mohammed bou ^ïcha parut enfin accompagné de quelques membres de la Djemâa (conseil) qu'il avait réunis à la hâte ; il me souhaita la bienvenue et me dit qu'un envoyé de l'agha de Touggourt, dont la valeur et la loyauté étaient connues et appréciées dans tout le Sahara, serait reçu comme l'agha lui-même. Il me conduisit d'abord chez lui, où il me fit servir des rafraîchissements, puis il donna Tordre de me préparer une chambre, en attendant que l'on eût trouvé une maison convenable dans laquelle je pourrais librement m'installer.
Dans la soirée, je reçus successivement la visite des vieillards de la ville, des membres de la Djemâa et du Medjelès. Tous m'exprimèrent le désir que je restasse dans leur ville le plus longtemps possible, m'assurant que pendant tout le temps que je leur ferais l'honneur de séjourner parmi eux, je pouvais disposer de leurs personnes et de leurs biens.
Un peu après la tombée de la nuit, les serviteurs du gouverneur m'apportèrent un abondant souper, composé d'un maître plat de couscoussi à la poule, d'un grand plat de viande de mouton en ragoût.