CHAPITRE VI
«.ctaellement le pays des Touareg ; mais si cet état <le choses ne se modifie sons peu, nous espérons bien -que le bey de Tripoli y mettra ordre. »
« — Tu viens pour le commerce, me dît ensuite le •caïmacan ; je sais que les Français ont toujours été les amis dés Musulmans ; j'e n ai connu plusieurs et je n'ai eu qu'à me louer de leur loyauté. Je ferai donc tout mon possible pour que nos négociants te soient favorables. Du reste, je vois bien que tu voyages avec la bénédiction de Dieu, car peu après ton arrivée ma jument a fait un gros poulain. »
Je saisis cette excellente occasion pour e xpliquer, «n peu de mots, quel était le but de mon vo yage.
« — J'ai en effet quitté mon pays, leur dis-je, avec la mission d'essayer de nouer des relations de co mmerce -entre la France et le Soudan par l'Algérie. Les Fran- <?ais ont pris l'Algérie par la volonté de Dieu qui est le Maître de tout ; mais Dieu leur a assigné des limites ■qu'ils ne peuvent dépasser, et maintenant qu'ils ont pacifié ce pays autrefois si bouleversé, ils désirent entrer en relations d'amitié avec les peuples qui les entourent ; car à quoi sert Tinimitié ? A engendrer les guerres qui sont la ruine des peuples. Il est sage de . se soumettre à la volonté de Celui qui dirige tout : ceux qui essaient de lui résister sont de vrais fous.
« Lorsque je quittai la France, j'étais indécis sur la ■direction que je devais prendre; mais le hakem d'Alger, qui est le général Chanzy (Dieu le fasse vivre de longs jours !), écrivit à l'agba de Touggourt pour lui dire de me donner des conseils. Si Mohammed ben Driss, qui vous a en grande estime, me dit que Rhadamès était un grand centre de commerce ; que votre pays était administré par un homme de bien dont il était l'ami ,* que vos négociants étaient des gens d'une grande
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probité, et que vos caravanes allaient dans toutes les parties du Soudan faire le trafic avec les habitants de ces contrées.
< Je suis donc venu chez vous par la route la plus longue et la plus difficile, parce que j^ai voulu me rendre compte dans quel état était le désert.
< Je sais que vos caravanes portent, à Tripoli, les produits du Soudan et qu'elles achètent, dans cette ville, les marchandises d'Europe qui leur servent à faire des échanges. Mais le Soudan est un pays riche, vous pouvez en tirer des produits en quantités beaucoup plus considérables que vous ne Pavez fait jusqu'à ce jour, et vous pouvez trouver, dans le sud de l'Algérie, des débouchés assurés pour ces produits ; d'un autre côté, nous fabriquons, en France, tous les articles que vous achetez à Tripoli, et nous pouvons vous livrer ces articles à des conditions pour le moins aussi avantageuses que celles qui vous sont faites làbas. Ainsi, en venant vers nous, vous doublerez votre commerce et par conséquent votre fortune. »
Si El Hadj Attiya m'assura que, personnellement, il était tout disposé à entrer en relations avec les Français ; il me promit de voir ses collègues, de leur faire part de mes propositions et de provoquer une. réunion dans laquelle je pourrais me faire entendre de tous.
De son côté Si Mohammed bon Aïcha me promit d'être mon interprète auprès du Medjelès^ et m'assura qu'il ferait tout pour me gagner les sympathies de cette assemblée.
* Le mot meâjeUs ou meâjelis vient du verbe-racine âjalassa, être assis, et signifie réunion ou conseil. Le medjelès de Rhadamès réunit les attributions d'une chambre et d'un tribunal de commerce.