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CHAPITRE VI

Mes hôtes se retirèrent ensuite et je leur en sus gré, car j'avais le plus grand besoin de repos. Mon guide et son fils 's'étaient retirés depuis longtemps, à ma grande satisfaction, car j'avais une peur terrible qu'une partie de la vermine qui pullulait sur leurs corps ne vînt à émigrer sur mes vêtements, ce que j'étais parvenu à éviter jusqu'alors. Ali seul demeura avec moi. Nous nous étendîmes sur les divans qui entouraient la chambre et nous ne tardâmes pas à goûter un repos qui nous fut des plus salutaires.

Le mardi 16 février, les .serviteurs du caïmacam me trouvèrent encore endormi lorsqu'ils m'apportèrent le café du matin. Je me réveillai au bruit qtfils firent en entrant, tout honteux de m'être laissé surprendre.

Comme nous prenions le café, Ali me dit que le gouverneur lui avait défendu de faire pour moi la moindre cuisine, attendu qu'il entendait pourvoir à mon entretien pendant tout le temps qu'il me plairait de séjourner à Ehadamès.

Après avoir pris le café, je procédai à ma toilette. Cette fois au moins je pus me laver tout à mon aise', chose qui ne m'était arrivée depuis longtemps.

Comme je finissais de m'habiller, le brave gouverneur entra dans ma chambre pour s'informer de l'état de ma santé. Il me dit que ses serviteurs étaient les miens et que je n'avais qu'à demander pour être servi, attendu que tout ce qu'il y avait dans sa maison était à ma disposition. Mes malles étant ouvertes, je m'empressai de lui remettre une partie des présents que j'avais apportés pour lui. Je ne donnai pas tout à la fois, jugeant qu'il serait bon d'avoir quelque chose à lui donner de temps en temps jusqu'au jour du départ, afin d'entretenir l'amitié.

. Je lui donnai sur-le-champ : le haïk que lui envoyait l'agha de Touggourt ; un fusil de chasse à deux eoups^ avec cinq boîtes de capsules et une livre de poudre ; un joli carnet doré avec six crayons ; une demi-rame de papier ; une timbale ciselée en argent avec son écrin ; des bracelets et des pendants d'oreillespour sa femme; une boîte àmusique ainsi que desjouets^ pour son fils âgé de 12 ans. Tout cela parut lui faire infiniment de plaisir ; il en. chargea ses serviteurs et il s'empressa d'aller remettre à sa femme et à son fils ce que je lui avais donné pour eux.

Je profitai de son absence pour faire un paquet de ce qui était destiné à Si El Hadj Attiya et j'envoyai Ali le lui porter en compagnie d'un des zaftis (hommes de police) qui, par ordre du gouverneur, se tenaient à ma porte pour attendre mes ordres et les transmettre aux serviteurs.

Dans ce paquet je mis : le haïk envoyé par l'agha de Touggourt ; un pistolet, avec capsules et poudre ; une timbale en argent ; deux gros livres de commerce et un encrier magique dont je me réservais de lui enseigner l'usage ; un carnet de poche pour lui et deux cahiers reliés avec crayons pour son fils ; une boîte à musique, une toupie, un petit canon et autres jouets également pour son fils ; des bracelets, des colliers et des pendants d'oreilles pour ses femmes. De même que pour le gouverneur, je me réservai de lui faire d'autres présents pendant le temps que je demeurerais à Ehadamès.

Si Mohammed bou Aïcha, caïmacam et gouverneur de Rhadamès, est un homme d'une soixantaine d'années, à barbe grise, d'une taille élevée avec un embonpoint assez prononcé ; sa face un peu bouffie lui donne une apparence de bonhomie ; mais on lit dans

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