‹ Le SaharaChapitre 107 sur 194 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ses yeux noirs l'intelligence alliée à une grande énergie. L'ensemble de sa physionomie est agréable et plein de dignité. Il porte ordinairement le costume rhadamedien dont la description est donnée plus loin, mais il revêt, dans les grandes occasions, le costume officiel turc, composé d'une chachia rouge, d'une sorte de par-dessus et d'un pantalon noirs. Le gouvernement de Stamboul l'avait autrefois chargé de plusieurs missions dans l'intérieur de TAfrique^ dont une dans le Bernou, où il se rendît avec l'explorateur allemand docteur Nachtigall, qu'il avait rencontré en grande détresse dans le Fezzan, et qui lui demanda ensuite à voyager avec lui pour plus de sécurité.

A la suite de sa dernière mission, Si Mohammed bou Aïcha demeura quelque temps à Tripoli, puis il fut nommé caïmacam de Ehadamès sur la demande du bey de la province du Djebel Nefouza dont cette ville relève, et depuis une année à peine qu'il administrait le pays, la paix n'avait cessé de régner tant dans la ville qu'aux alentours.

Après le déjeuner, le gouverneur vint prendre le c^fé avec moi ; puis, comme je lui manifestai le désir d'aller faire une visite à Si El Hadj Attiya, il me proposa de m'accompagner. 1

^ Ce que le caïmacam se garda bien de me dire, mais que je sus néanmoins, c'est qu'étant autrefois gouverneur dans le Fezzan, il s'était révolté contre son suzerain le pacha de Tripoli, qui avait dû envoyer contre lui une armée assez considérable. Ayant été vaincu, il demeura quelque temps prisonnier à Tripoli, puis il fut envoyé dans le Bernou en mission soi-disant scientifique. A son retour de cette mission, il fut nommé, comme je viens de le dire, caïmacam de Rhadamès.

Quant aux Rhadamesiens, qui d'abord m'avaient paru être de si braves gens, ma première impression sur leur compte ne tarda pas à se modifier, ainsi qu'on le verra plus loin.

Nous partîmes, suivis de plusieurs z^ftis et de deux serviteurs. Nous traversâmes toute la ville, puis arrivés près des remparts, nous pénétrâmes, par une porte basse, dans une petite cour en partie couverte, donnant accès dans deux corps de bâtiments qu'elle sépare ; nous gravîmes des escaliers étroits et obscurs pour arriver au premier étage de celui qui avait vue du côté du mur d'enceinte : c'était le magasin de Si El Hadj Attiya, où il se trouvait en ce moment avec Tun de ses frères. Il nous reçut avec un véritable enthousiasme et je crus un moment que les salutations et les remercîments ne prendraient jamais fin. Un riche tapis fut étendu par terre et des bonbons de toutes sortes, fabriqués à Tripoli^ ainsi que des oranges, furent placés devant nous ; on nous servit aussi une espèce d'orangeade que je trouvai excellente, et peu après on apporta du thé que nous prîmes en mangeant de petits biscuits d'un goût fort agréable, également fabriqués à Tripoli.

Si El Hadj Attiya ben Ahmed ben Moussa est un , homme d'une cinquantaine d'années, un peu maigre et de moyenne taille ; son visage aux traits réguliers est encadré d'une barbe grisonnante, courte et clairsemée ; son nez est légèrement aquilin ; dans ses grands yeux noirs, on croit lire la franchise et la loyauté.

Si El Hadj Attiya est Tripolitain d'origine et il ne doit sa grande fortune qu'à un travail constant accompagné de beaucoup d'ordre et d'économie. H a épousé deux femmes dont il n'a eu qu'un fils, actuellement âgé d'une dizaine d'années.

Après le thé, la conversation s'engagea. Ce fut alors que mes hôtes m^apprirent le châtiment des assassins de Dournaux-Dupéré ; cette nouvelle avait

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