‹ Le SaharaChapitre 109 sur 194 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

aller, dit-il, s'entendre avec le propriétaire d'une maison dans laquelle il pensait que je pourrais aller m'installer le jour même.

Il ne tarda pas à rentrer tout' joyeux pour me dire que tout était conclu et que je pouvais, si je le désirais, aller prendre possession de mon nouveau domicile, ce que je m'empressai de faire sur-le-champ, car je craignais d'être à charge au brave gouverneur en restant plus longtemps chez lui.

Une douzaine de zaftis ou de serviteurs s'emparèrent aussitôt de mes bagages, qui furent ainsi transportés en un seul voyage.

Je me dispense de parler ici de mon nouveau domicile, car toutes les maisons de Rhadamès se ressemblent à peu de différence près; on en trouvera la description au chapitre suivant.

Comme j'étais en train de procéder à mon installation, je reçus la visite de mon guide et de son fils. Babah était très-contrarié. Il me dit que ses chameaux n'avaient presque pas bu en arrivant, ce qui était un très-mauvais signe, et que, comme il n'y avait point de pâturage aux alentours de l'oasis, il avait dû payer un berger pour les conduire dans les dunes, afin qu'ils y pussent trouver de l'herbe fraîche.

Je demandai à mon- guide où il avait passé la nuit avec son fils.

« — Nous avons couché dans une mosquée, me dit-il, et je me suis réveillé ce matin avec un grand mal de tête. N'as-tu plus de remède pour me guérir ? >

Le pauvre Eabah était capable de simuler toutes les maladies imaginables pour avoir de l'alcool de menthe ; mais comme il ne m'en restait que très-peu^ je pris le parti de lui arroser le crâne d'eau sédative, ce qui était du reste plus rationnel.

Voyant que je ne le soignais pas selon ses désirs, il se plaignit d'un violent mal de ventre. Je lui dis alors que le soir, je lui donnerais des pilules qui le débarra,sseraient de ce qui le faisait souffrir. Puis je continuai mon installation sans plus faire attention à lui.

Mais, comme j'étais occupé à suspendre un thermomètre, voilà qu'une forte détonation se fit entendre, et la maison fut aussitôt remplie d'une épaisse fumée. Je crus d'abord qu'Ali avait mis le feu à une boîte à poudre en allumant sa pipe, mais mon erreur ne fut pas de longue durée. Ayant tourné la tête, j'aperçus Eabah, couché sur le dos dans un coin de ma chambre, sa gandoura retroussée jusque sur la poitrine, et ayant une grosse boursouflure noire sur le ventre, au-dessus du nombril.

Pour exciter ma compassion et se faire donner de l'alcool de menthe, le misérable n'avait pas craint de se faire éclater une poignée de poudre sur le ventre !

« — Mais tu es donc fou ! lui dis-je avec colère. Que viens-tu de faire là ? »

« — Dame, me répondit-il d'un ton piteux, puisque tu ne veux pas me donner le remède des Français, il faut bien que j'emploie celui des Arabes. »

Ali se mit à rire de bon cœur et je ne pus m'empêcher de faire comme lui. J'enduisis le ventre de Rabah d'une bonne couche de pommade camphrée, je lui serrai le corps avec une large bande, puis je lui donnai encore une goutte d'alcool de menthe dans un verre d'eau, mais en lui jurant que c'était la dernière fois, parce que, ma provision étant presque épuisée, il fallait conserver le reste pour les cas d'indisposition grave.

Je montrai ensuite aux Châambaune petite chambre

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