CHAPITRE VII
Je suis d'avis qu'il ne faut jamais mépriser les légendes, car elles sont souvent le fil d'Ariane qui guide le savant dans le labyrinthe des rechercbes historiques et archéologiques.
Cela dit, voici ce que les anciens Rhadamesiens racontent sur l'origine de leur v^ille :
« Longtemps avant la venue du Prophète Notre Seigneur Mohammed (que la bénédiction de Dieu soit sur lui, sur sa famille et sur ses compagnons !), des gens de Sioua, ville située à l'ouest et à dix journées de marche d'El Macer (le Caire), étant sortis dans la plaine, se dirigèrent du côté du Touât dans le but d'y faire une rhazia.
« Pour se rendre dans ce lointain pays, ils passèrent ^ l'endroit où s'élève aujourd'hui Ehadamès et s'y arrêtèrent pour déjeuner j or il n'y avait alors en ce lieu ni source ni palmiers. .
« Ayant achevé leur repas, ces gens burent à leurs outres et continuèrent leur marche vers l'ouest.
< Le lendemain matin, lorsqu'ils voulurent préparer de la rouina pour leur déjeuner, l'un d'eux s'aperçut qu'il leur manquait le plat dans lequel ils avaient l'habitude de la manger. Il dit à ses compagnons: Necina el gueçâafi rhadana ems^ c'est-à-dire : Nous avons oublié le plat dans notre déjeuner d'hier. Comme ils ne possédaient que ce seul plat, cet homme retourna sur ses pas, et il le retrouva, en effet, à l'endroit où la troupe avait déjeuné la veille ; puis, comme il se sentait fatigué d'une aussi longue course, il s'assit pour se reposer un instant.
« Comme il se disposait à repartir, il aperçut sa jument qui, la tête baissée vers la terre, grattait fortement le sol de son sabot j s'étant approché pour voir ce que cela signifiait, voilà qu'une source abon-
dan te jaillit tout à coup sous les sabots de la jument; le cavalier surpris se désaltéra à cette source. Il rejoignit ensuite ses compagnons et leur raconta ce qui était arrivé.
€ Ils continuèrent leur route jusqu'au Touât^ où ils tirent une abondante rhazia sur les troupeaux des habitants de cette riche contrée, puis ils s'en retourneront dans leur pays par le même chemin. Ils ne manquèrent pas de s'arrêter à l'endroit où ils avaient oublié leur plat ; ils remplirent leurs outres à la source abondante qui avait jailli sous les sabots de la jument, i»t qu'ils nommèrent Aîn el Fers, c'est-à-dire la Source iUi la Jument,
<; Ils étaient de retour depuis peu dans leur ville do Sioua, lorsque des divisions éclatèrent entre les luibitants. Deux partis se formèrent, on se battit dans la villo, et le parti auquel appartenaient ces gens ayant eu le dessous, ils furent obligés de quitter leur pays et de s'expatrier.
< Comme ils étaient indécis sur la direction qu'ils (lovaient prendre, l'un d'eux dit aux autres : Aiah ! nt'mchoH U AYn el Fers ! c'est-à-dire : Allons à la êSotirce de la Jument !
\< Us y retournèrent en effet, y plantèrent des palmiers ot y biltirent des maisons. Or, ce fut là l'origine do J^hadanies^ dont le nom est formé de la confusion et de la corruption des deux mots rliadana ems^ c'està-dire notre déjeuner d'hier ; et la source qui alimente l'oasis s'est toujours appelée depuis Ain el Fers^ c'està-dire la Source de la Jument, »
L'oasis deRhadamès s'étend du nord-est au sud-ouest sur une étendue approximative de 1200 à 1500 mètres, et du sud-est au nord-ouest sur une largeur d'un kilomètre ; elle est entourée d'un mur d'enceinte tantôt
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