CHAPITRE VU
en pierres, tantôt en terre, seloù que ces matériaux se sont trouvés plus ou moins à la portée des ouvriers ; ce mur est garni de petits bastions disposés sans art de la façon la plus capricieuse ; dans certains endroits il atteint la hauteur des remparts les plus élevés, tandis que dans d'autres il peut être escaladé sans efforts ; le côté est est en ruines et donne accès dans Toasis d'où l'on peut, par les chemins des jardins, pénétrer facilement dans la ville.
La ville devait occuper autrefois le fond d'une vallée fertilisée par la source abondante à'Aïn el Fers^ et cela est attesté par les gour élevés qui se dressent, de distance en distance, dans la plaine usée qui s'étend à perte de vue dans toutes les directions ; ces gour marquent l'ancien niveau du sol; mais elle n'est / plus dominée (du moins immédiatement) que par le plateau formé d'énormes blocs de grès qui s'étend vers le sud-ouest et sur lequel se dressent, antiques témoiïis d'une grande révolution météorologique, les tombeaux à moitié ruinés et aujourd'hui profanés des anciens rois du pays.
Le plateau commence (ou finit) à 30 mètres des remparts qu'il domine faiblement, et vers lesquels on descend par une pente rapide entre des blocs de grès à moitié arrachés. C'est sur cette pente, jusqu'à dix pas de la ville, que s'étend le cimetière sur une longueur de 1500 mètres environ et, dans une direction moyenne qui est celle de cette partie de l'oasis, bien au delà des limites du territoire. Le développement considérable de ce séjour des morts s'explique en ce que les anciennes tombes sont toujours respectées par les générations nouvelles.
La ville s'élève au sud de-l'oasis dans laquelle elle est enclavée, à l'exception de quelques maisons qui
s'étendent à droite et à gauche en dehors des palmiers et qui laissent une rue assez large entre elles et les remparts sur lesquels elles sont alignées. On y pénètre par trois portes, toutes trois percées sur les côtés sud et sud-ouest, en face le cimetière et le plateau de grès : la première, qui paraît être de construction récente, donne plutôt accès dans les jardins par un chemin étroit, bordé de deux murs en terre, qui conduit aussi, par un circuit, dans la partie nord de la ville ; la seconde donne immédiatement accès dans la principale rue, ou plutôt dans le principal corridor^ car il est bon que Ton sache que toutes les rues de la ville, dont la plus large peut à peine donner passage à deux hommes de front, sont couvertes par le premier étage de chaque maison, et que Pair et la lumière n'y pénètrent que par des échappées ménagées de distance en distance ; encore les petites rues, généralement tortueuses, ne sont-elles aérées que ptr leurs extrémités ; par suite, Pobscurité y est à peu près complète. Aussi, dès que le jour arrive sur son déclin et que Pobscurité est profonde, l'étranger qui n'est pas au courant des coutumes locales entend avec surprise une sorte de grognement plaintif, répété à chaque pas devant lui par des ombres qui disparaissent aussitôt avec rapidité. Ce sont les femmes servantes ou esclaves, qui font entendre ce signal afin de prévenir les personnes qui peuvent s'être engagées en même temps qu'elles dans l'étroite ruelle, et dans le but d'éviter les rencontres et les chocs ; si c'est une autre femme qui vient devant, elle répond par le même grognement et l'on s'arrange de façon à ne pas se heurter; mais si c'est un homme, il répond en frappant le sol de son pied, alors la femme revient sur ses pas jusqu'à l'angle de la rue pour le laisser passer. Les