‹ Le SaharaChapitre 116 sur 194 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

parce que les uns et les autres ont peur d'altérer la noblesse de leur sang.

Dans la partie ouest de la ville, et derrière la maison du gouverneur, jaillit au milieu d'un bassin carré de 1 2 mètres sur chaque face, la source légendaire d'Aïnel'Fers dont les eaux, contenant une petite quantité de magnésie, ont une température de 30^ cent.^ O'est cette source qui sert à l'irrigation de Poasîs et à abreuver les habitants des quartiers circonvoisins; avant de boire cette eau, on l'expose à l'air pendant plusieurs heures afin de la laisser refroidir. Les habitants des autres quartiers s'abreuvent à des puits peu profonds, dont quelques-uns sont de véritables sources qui furent autrefois très-abondantes, m'a-t-on dit, mais qui, aujourd'hui, n'ont plus qu'un écoulement insignifiant ; des esclaves tirent l'eau au moyen d'une bascule formée d'un tronc de palmier, dont le milieu repose sur un pilier en pierres ou en terre; l'ouverture des puits étant très-large, on peut ainsi mettre de front trois ou quatre bascules qui manœuvrent en même temps ; on verse l'eau dans un bassin d'où elle est dirigée, par des conduits en troncs de palmier, jusque dans les jardins à irriguer.

Les Rhadamesiens paraissent être de fervents musulmans qui ne manquent jamais de répondre à l'appel du mouezzen^ et d'aller à la mosquée six fois par jour faire leur prière en commun. ^ Ils sont très-tolérants

' Observation faite dans un seau transporté à ving^ pas.

^ On nomme mouezzen ou mouedzen le erieur qui annonce Vheure de la prière. Ce mot vient de la racine oudaen, oreille; d'où adaen, annoncer Vheure de la prière.

• Les six prières obligatoires sont les suivantes : El feâjer^ ou de Taube ; es cebah, ou du matin, avant le lever du soleil ; êâ deherj ou de midi ; el âcer, ou de 3 trois heures ; el moghrébf ou

326 DEUXIÈME PAKTIE.

envers les Chrétiens, qu'ils considèrent comme des* cendants d'Isaac, frère d*Ismaël, et comme frères par conséquent des Arabes ; mais ils détestent les Israélites et il est certain que les prétendus fils de Jacob ne seraient pas tolérés parmi eux. Leurs mœurs sont des plus pures, du moins extérieurement, depuis que le gouverneur a chassé de la ville les courtisanes que fournissait une tribu du Djebel Nefouza, dont les femmes ont, paraît-il, les mêmes instincts que celles des Oulad Naïl ; la prostitution n'y existe donc pas ,. du moins ouvertement ; Pusage des liqueurs fermentées y est sévèrement interdit, et quiconque serait trouvé fumant du kif serait impitoyablement châtié.

Quoique n'appartenant pas à la race arabe, mais bien à la race berbère dont ils parlent un dialecte, les Rhadamesiens n'ont qu'une teinture extérieure toute superficielle des belles qualités qui distinguent les autres peuples de même origine.

Dans son pays, le Ehadamesien vit retiré dans sa maison et il est rare qu'il s'éloigne du quartier qu'il habite. Religieux par affectation, naturellement dissimulé et méfiant, il est d'une poltronnerie telle que deux Touareg armés de lances font la loi à cinquante Rhadamesiens armés de fusils et de pistolets. En revanche, il est âpre au gain et rapace outre mesure ; il trompe, vole sans pudeur ni vergogne quiconque s'en rapporte à sa bonne foi. Il n'est nullement hospitalier, ne fait rien pour obliger l'étranger qui arrive dans ses murs, et n'entre en relations avec lui que pour lui vendre au poids de l'or les choses nécessaires à son existence. D'une ingratitude révoltante, non-seulement il n'éprouve aucun sentiment

d'une demi-heure, après le coucher du soleil, et el âcha^ ou de 2 heures après le coucher du soleil.

Page 1