CHAPITRE VII
de reconnaissance pour son bienfaiteur, mais encore il abusera de la confiance, de la bonté ou de la faiblesse de celui-ci pour le tromper plus facilement. Enfin, il ne sent pas l'insulte et semble complètement dépourvu de sens moral.
Les femmes de condition ne sortent dans les rues que la nuit pour aller à la mosquée ; elles se tiennent ordinairement dan« les maisons ou sur les terrasses, dont Paccès est interdit aux hommes comme les rues sont interdites à elles-mêmes ; l'on ne voit dehors que des femmes d'atrias ou des esclaves allant et venant pour les besoins du ménage.
Le costume des hommes se compose d'un ample seroual (culotte) dont les jambes descendent jusque sur le cou-de-pied ; les riches portent le gilet et la veste maures à larges manches ; par-dessus, une gandoura (longue robe sans manches) blanche ou de diverses couleurs ; peu ont adopté le bernons pour l'usage journalier ; ils se drapent généralement dans une longue pièce d'étoffe de laine qu'ils nomment éksa ; ils portent la chachia rouge et le turban, mais ils ont toujours la tête recouverte d'un pan de l'eksa ; ils sont chaussés de souliers jaunes ornés de broderies.
Quoique les femmes ne sortent que la nuit pour aller à la mosquée, j'ai cependant pu, grâce à ma qualité de thehib^ admirer plus d'un joli minois ; et puis quelques-unes de ces filles d'Eve, poussées par la curiosité, trouvaieîit parfois moyen de s'échapper en allant à la mosquée et de se glisser jusque chez moi où, sous prétexte d'un mal quelconque, elles passaient le temps de la prière à me regarder et à faire des commentaires sur mon compte. Quelques jeunes femmes venaient me demander des remèdes pour faire des enfants ; mais elles ne me mettaient
pas pour cela dans l'embarras, car je les renvoyais enchantées après leur avoir administré une drogue inoffensive. Je recevais surtout un grand nombre de visites de négresses^ de mulâtresses et de femmes d'atrias; celles-ci venaient généralement de grand matin, lorsqu'elles sortaient pour faire leur provision d'eau ; elles me déclaraient les maladies les plus insensées, mai^je n'étais jamais embarrassé pour le remède. Pauvres Khadamesiens ! ce n'est pas moi qui les blâmerai jamais de surveiller leurs femmes !
En somme, les dames rhadamesiennes (celles qui sont de pure race, s'entend) sont généralement belles ; leurs traits réguliers rappellent le type grec dans toute sa perfection. Leur costume de sortie consiste en une longue pièce d'étoffe rouge ou bleue avec des raies blanches^ qui passe sous le bras droit pour aller s'attacher sur l'épaule gauche, laissant ainsi le sein à découvert ; cette pièce est fixée autour du corps par une ceinture rouge ; elles se drapent, en outre, dans une autre pièce d'étoffe en laine blanche ou de couleur vive semblable à l'eksa; un mouchoir en soie à franges d'or est enroulé autour de leur tête, qu'entoure également une sorte de diadème en or ou en cuivre, selon la fortune ou la générosité des maris ; un gros pompon rouge pend toujours au milieu du front; elles portent au cou des colliers de corail ou de perles rouges ; elles sont chaussées de souliers en cuir rouge, richement brodés.
Les femmes de basse condition que l'on rencontre dans les rues portent une gandoura recouverte par une eksa en laine simple ; elles sont coiffées d'une sorte de casque en 'étoffe semblable à celui de nos pompiers, et du milieu duquel pend, sur le devant, jusque vers le milieu du front, le fameux pompon rouge dont