CHAPITRE VII
le port est seulement interdit aux esclaves. Ces femmes vont pieds nus ; elles portent aux oreilles, aux bras et aux jambes l'attirail ordinaire des femmes arabes. Les petites filles de bonne famille, que Ton rencontre quelquefois^ ploient littéralement sous le faix des bijoux de formes impossibles qui pendent de leur cou jusqu'à hauteur de leur ceinture.
Les mariages se font de la façon suivante : Lorsqu'un jeune homme veut se marier, il charge une vieille femme d'aller s'assurer si telle jeune fille dont il a entendu parler est jolie et si elle peut lui convenir. Sur la réponse affirmative de la vieille, il la fait demander en mariage par ses parents. La demande agréée, il fait à la jeune fille des présents en vêtements et en bijoux, puis on fait le repas des fiançailles, et les fêtes se continuent pendant huit jours entre les deux familles, mais sans que le jeune homme ait vu le visage de sa fiancée. On passe ensuite, devant le cadi, un acte pour constituer la dot de la femme, puis les nouveaux époux sont enfermés ensemble, dans une chambre bien close, pendant sept jours. Pendant ce temps, le mari peut dire à sa femme toutes les gracieusetés possibles, mais celle-ci ne doit pas ouvrir la bouche pour lui parler. Après ces sept jours de retraite, les éj)oùx sont tirés de leur solitude ; mais le mari n'en sort que le visage couvert d'un voile blanc, et pour se rendre à la mosquée, où il fait sa prière après s'être lavé et purifié. Ensuite, on lui met dans la main droite un long sabre, qu'il tient élevé devant son visage découvert et entre ses yeux, puis il se dirige vers sa demeure, mais en marchant si lentement qu'il lui faut deux heures pour franchir la distance de vingt pas. Dès qu'il a mis les pieds dans sa maison, quatre de ses amis, qui se tiennent
sur la terrasse, armés de fusils, déchargent leurs armes par la lucarne qui j est pratiquée ; alors toutes les femmes de la ville, qui n'attendaient que ce signal, se mettent à pousser des cris aigus en se frappant sur la bouche. C'est la fin de la noce et, à partir de ce moment, les nouveaux époux rentrent dans la vie commune.
Les Rhadamesiens se nourrissent mieux que les Arabes en général. La nourriture du commun est une bouillie appelée bezine dans le pays (âcida chez les Arabes), laquelle se prépare de la façon suivante : on met de l'eau dans une marmite et l'on fait chauffer jusqu'à l'ébullition ; on y verse alors peu à peu de la farine d'orge ou de froment, en remuant avec une cuillère jusqu'à former une boule assez dure pour qu'elle puisse se couper par morceaux ; en même temps on prépare à part, dans une casserole, une sauce avec de la viande de mouton, du beurre, du poivre, du sel, et l'on verse cette sauce autour de la boule déposée dans un grand plat. Ils mangent aussi un couscoussi à gros grains préparé avec de la viande, qu'ils nomment me/iam^a; mais les gens aisés mangent, outre d'excellent couscoussi, des plats diversement préparés. J'ai été à même d'apprécier une sauce aux oignons excellente, et un autre plat qui ressemble, tant par la couleur que par le godt, à un civet de lièvre artistement préparé. Ici le lièvre est remplacé par le mouton, et le vin par le vinaigre de palmier; un plat de riz, bien préparé au beurre, n'est pas non plus à dédaigner. Je suis pourtant obligé d'avouer que le pain laisse beaucoup à désirer; et encore est-ce un luxe que les plus riches seuls connaissent. Le repas se termine ordinairement par une salade de carottes crues assaisonnées avec de Thuile d'olive et du vinaigre