CHAPITRE I
excroissance ? Peut-être un jour le saura-t-on ; mais, jusqu'à présent, cette question est demeurée pendante devant la science.
Je terminerai cette étude sur les Zïban^ en disant que leur population est de 19,000 âmes environ, et qu'ils forment un càïdat dont le chef actuel est Si Mohammed Cerhir ben Gana. Les oasis sont administrées par des cheikhs qui relèvent du caïd y celui-ci relève à son tour du commandement supérieur dont le chef-lieu est Biskra ; or, le commandant [Supérieur actuel est M. Crouzet, chef de bataillon de tirailleurs indigènes, et il est à désirer qu'il occupe encore longtemps ce poste important pour le bien du pays et de ses habitants.
Je dus séjourner à Biskra du 11 décembre au 6 janvier, pour y attendre la décision du Conseil général de Constantine et les envois de fonds qui devaient en être la conséquence. J'employai ce temps à recueillir les quelques renseignements qui forment le sujet de ce chapitre, et à faire aux environs quelques promenades et quelques parties de chasse.
Le 17 décembre après midi, je me dirigeai, armé d'un fusil, vers la partie du désert qui s'étend à l'ouest de l'oasis de Sidi Okba, laquelle est située au sud-est et à 32 kilomètres de Biskra. Parti à 1 heure, je me trouvai, vers 2 heures, à gauche de la petite oasis de Filiach, située à 4 kilomètres de la ville, et face à la diagonale qui s'étend, du nord-ouest au sud-est, entre les deux oasis. Là, je fus témoin d'un mirage qui se produisit dans les circonstances suivantes :
Le ciel était pur; il ventait fortement du sud-est et le thermomètre ne pouvait marquer plus de 15 degrés.
Les deux oasis sont distantes l'une de l'autre d'en-
viron 18 kilomètres, la pins éloignée, celle de Sidi Okba, se trouvant an snd-est de la première, et cep endant elles paraissaient être placées, an loin^ presque sur une même ligne allant de l'est à l'onest.
Dans l'espace désert qui les sépare, se dessinait à l'horizon^ sur le fond vaporeux du ciel, une immense forêt d'arbres gigantesques dont la forme ne ressemblait; en rien à celle des palmiers. Ce n'était pas des arbres^ à proprement parler, que j'avais devant moi, mais plutôt des fantômes d'arbres dont je devinais rimpalpabilité ; la plupart avaient la forme de peupliers gigantesques, aux rameaux serrés^ s'élevant verticalement vers le ciel, mais dépourvus de feuilles.
Sur certains points, ces fantômes étaient disposés par groupes; sur d'autres points, ils étaient serrés comme les arbres d'une forêt; sur d'autres, ils étaient isolés ; entre les troncs isolés et entre les groupes, j'apercevais, s'étendant en arrière, quelque chose de brillant, d'éblouissant; cela ressemblait aux eaux d'une mer ou d'un lac lorsque les rayons du soleil s'y réfléchissent.
En deçà et à gauche de la vision, en face de la pointe est de Sidi Okba, j'apercevais deux collines couronnées de groupes serrés de hauts palmiers, dont le vert foncé tranchait sur le fond vaporeux de la forêt.
Je marchai à grands pas vers la vision, qui parut d'abord s'éloigner; je marchai toujours: peu à peu les branches des arbres se fondirent et disparurent, et il ne resta plus que des troncs disséminés sur «ne grande étendue; le lac s'était effacé; enfin, lés troncs disparurent à leur tour, et il ne resta plus, devant moi, que les deux collines couronnées de palmiers, lesquelles n'étaient, en réalité, que des monticules