CHAPITRE VII
oignons d'une grosseur extraordinaire, des pastèques, des carottes, des navets, des tomates, des radis, etc. On a commencé, depuis peu, à y planter des orangers qui réussissent très-bien et donnaient des fruits trèsappréciés. Sur les bords des seguîas et dans tous les lieux quelque peu humides, on remarque quelques chicoracées, ainsi que la jolie petite plante appelée Orlaya maritima.
Il n'existe certainement pas de pays au monde où la propriété soit plus divisée que dans cette oasis ; chacun veut avoir son jardin, ne fût-il que d'un palmier ; chaque jardin est entouré d'un mur en argile et le propriétaire y passe la plus grande partie de sa journée. Malheureusement, par suite du manque d'eau, les gens de Khadamès ne peuvent tirer de leur sol qu'une faible partie de ce qu'il pourrait produire s'il était aussi abondamment arrosé que les oasis de l'Oued Rirh ; les palmiers ne donnent pas pour la consommation locale. La source d'^Vn el Fers^ si abondante qu'elle soit, est insuffisante pour l'irrigation de l'oasis ; on est obligé de mesurer l'eau avec la ^plus grande parcimonie pour que chaque propriétaire puisse avoir un seau par semaine et par palmier ; des deux côtés de l'oasis, à l'est et à l'ouest, des champs d'orge ont dû être abandonnés, ce qui porte à supposer que la source tend à s'afiFaiblir avec le temps. Or, il n'existe pas, dans ce pays, de corporations de puisatiers ; les Hhadamesiens payeraient bien cher, disent-ils, pour avoir dans leur oasis quelques puits artésiens, dans le genre de ceux que les Français ont établis dans l'Oued Kirh et dont les Souafa et les Châamba leur ont fait des descriptions merveilleuses. Par suite de l'usure de la plaine, l'eau n'est qu'à une faible 'profondeur aux environs ; elle arrive même à fleur de terre dans
les puits que j'ai observés au nord-ouest de l'oasis, dans là plaine déprimée à l'extrémité de laquelle se trouvent les ruines de Tekout.
Il se tient tous les vendredis, dans la ville, un marché peu actif où les gens du pays achètent suivant leurs besoins, car Rhadamès étant surtout une ville de transit, ainsi qu'on le verra plus loin, le véritable commerce ne se fait pQint sur le marché^ mais bien chez les négociants. Ce marché, qui ne commence qu'après la prière d'une heure après midi, se tient sur une petite place à laquelle on arrive par une large entrée voûtée, sorte de salle entourée de divans où se réunissent pour causer les gros bonnets du pays. La vente se fait à la criée, chacun criant sa propre marchandise qu'il livre au plus offrant et dernier enchérisseur. On vend là des plumes d'autruche par paquets, des tissus de toutes provenances, des nattes, des tapis, des bernons, des gandouras et autres vêtements fabriqués dans tous les pays, depuis Tarablous (Tripoli) et El- Oued jusqu'à Kanou et Tinbouktou ; on y vend également des armes, telles que fusils à pierres, sabres et poignards touareg, etc. ; des cuirs, des farines, de l'orge en grains, des dattes, de l'huile, etc.
Un autre marché, qui ne doit pas être le moins curieux à visiter, mais dont l'accès est interdit aux hommes, se tient journellement sur les terrasses : c'est le marché des femmes, tenu exclusivement par des femmes. Là, on vend les choses les plus diverses : des bijoux, tels que boucles d'oreilles, bagues, bracelets, khelakhel (sortes de bracelets que les femmes portent aux jambes), boîtes à talismans en argent ciselé, boîtes à koheul en même métal, miroirs, peignes, parfumerie, ustensiles de cuisine, provisions de bouche de toutes sortes, etc.