CHAPITRE VII
Après avoir assez longuement énuméré les défauts des Rhadamesiens, il est juste de parler aussi de leurs qualités ; car ils ont des qualités. Ils pratiquent entre eux la charité avec un désintéressement vraiment admirable ; ainsi la pauvre veuve chargée de famille peut se présenter sans crainte au marché, elle j fera, pour son ménage, des provisions aussi abondantes et d'aussi bonne qualité que la femme du plus riche négociant
Aimable lectrice, qui êtes peut-être la providence des pauvres de votre pays, seriez-vous désireuse de savoir comment vos sœurs de Khadamès pratiquent la charité ? — Voici :
Lorsque la mère de famille que le malheur accable paraît sur la terrasse de sa demeure, Pune lui porte une mesure de farine en lyii disant: « Tiens ! voici un&mesure de farine que je te prête ; tu me la rendras lorsque Dieu t'aura donné au delà de tes besoins, i Une autre, qui vient d'acheter des figues, aborde la veuve en souriant et lui dit : < O mère ! vois les belles figues ! Permets que j'en ofire la moitié à tes enfants. > Une troisième a acheté du beurre : a Je te dois quelque chose, dit-elle, pour un service que tu m'as rendu l'autre jour ; tiens, prends ce beurre en paiement. :^ Et la maison de la veuve est souvent plus abondamment pourvue que la maison du riche. Voilà comment les femmes de Ehadamès savent soulager les misères. N'est-pas simple et touchant? Ici au moins les malheureux peuvent recevoir sans rougir ; ils peuvent accepter sans crainte : la main qui leur donne s'ouvre sans restriction ; leur état ne fait d'eux les serviteurs de personne ; ce sont des frères que l'on soulage et nul ne pense à exploiter leur malheur à son profit.
< Ils t^interrogeront comment il faut faire Faumône. Dis-leur : Il faut secourir les parents, les proches, les orphelins, les pauvres, les voyageurs. Le bien que vous ferez sera connu de Dieu.
< Ceux qui dépensent leurs richesses dans le sentier de Dieu, et qui ne font point suivre leurs largesses de reproches ni de mauvais procédés, auront une récompense auprès de leur Seigneur; la crainte ne descendra point sur eux, et ils ne seront point affligés. >l
Les industries locales sont peu variées et peu développées. Cependant les Khadamesiens excellent dans les ouvrages en cuir ; leurs ceintures de guerre sont des chefs-d'œuvre en ce genre ; elles se composent d'un large ceinturon auquel sont suspendus la gaîne pour le pistolet, la cartouchière, la poire à poudre et un sac à balles ; ce ceinturon, qui est fixé autour du corps par une boucle, est encore soutenu par deux larges bretelles qui se croisent sur la poitrine. Les plus ordinaires de ces ceintures sont en cuir jaune du Soudan et ornées dans toutes leurs parties de belles broderies en soie de différentes couleurs, ti'avail de patience exécuté par les femmes, les hommes ne se chargeant que du gros œuvre. Les ceintures de luxe sont recouvertes de velours et ornées de broderies d'or.
Les souliers que l'on fabrique dans la ville sont également ornés de jolis dessins en broderies exécutés par les femmes.
En revanche, les dames de Rhadamès n'excellent pas dans l'art de fabriquer les tissus ; les ouvrages de ce genre qui sortent de leurs mains sont de grosses
* Le Corarij trad. de Kasimirski.