CHAPITRE VU
La petite oasis de Zaouta Sidi-Moahet-hou-Djenda^ <{m s'élève dans la sebkhat el Melah, dépend anssi •de Rhadamès, dont elle n'est distante que de deux kilomètres à peine ; mais elle jouit des privilèges de toutes les zaouïas, c'est-à*dire qu'elle est administrée ^ans contrôle par ses marabouts, et ses palmiers sont exempts d'impôts. Les malfaiteurs de toutes catégories sont assurés de trouver dans son enceinte un asile inviolable.
L'impôt, £xé par les Turcs et réparti par la dj emâa, ise divise en trois parts : la capitation, qui frappe tou s les habitants, sans distinction d'état ni de fortune, et dont les négociants ont déchargé les pauvres et les artisans en la prenant à leur charge ; la taxe sur la propriété, qui est de 50 centimes par tête de palmier, et la taxe sur l'eau, calculée sur la quantité de mesures d'eau' dont chacun a besoin pour l'irrigation de son jardin.
Il n'est pas question ici, bien entendu, des taxes arbitraires, que l'on établit sous toute sorte de prétextes, ni des amendes ruineuses dont on frappe à tout instant les commerçants ; il n'est pas question non plus des revenus des biens hahhous que les Turcs se sont appropriés, en prenant à leur charge les frais d'entretien des mosquées.^ Si l'on ajoute à tout cela le droit de protection de 15 fr. par charge que les négociants paient aux Touareg et les droits de douane â Tripoli, on pourra juger combien le commerce du Soudan doit être lucratif pour que, malgré toutes les
* Uimam de Rhadamès reçoit, des Turcs, les appointements dérisoires de 30 rialet (20 fr. 25 de notre monnaie). On comprend que les piliers de V Islam aient poussé la sollicitude jusqu'à décharger les Rhadamesiens de l'administration de leurs hiens hahboua.
charges dont ils sont accablés, les Bhadamesien» trouvent encore le moyen de faire fortune.
Et cependant, pour quiconque veut s^en rapporter aux renseignements officiels fournis par les bons» Turcs, les Rhadamesiens sont soumis à une autorité tout à fait paternelle. D'après eux, la ville de Bhadamès et les villages de la circonscription ne paieraient en tout que 6000 douros (30,000 fr.) d'impôts, et ces 'impôts seraient répartis de telle façon que le plusriche négociant de la ville n'aurait à payer annuellement que 200 fr. pour sa part
Aussi les Ehadamesiens, qui voient la prospérité de leur oasis décroître rapidement sous cette administration paternelle^ sont-ils disposés à se jeter dans les bras de quiconque les délivrera de la présence de& Turcs.
. Si l'on sort de Ehadamès par la porte priiïcipale et que l'on monte, à travers les blocs de grès, sur la colline au pied de laquelle s'étend le cimetière moderne, la vue peut s'étendre au loin dans toutes les directions.
Vers le nord, le sol s'élève jusqu'à une colline nue dont le sommet dentelé indique l'usure ; à gauche de cette colline, vers le nord-ouest et l'ouest, les grandes dunes montrent leurs sommets fauves ; des côtés nordest, est et sud-est s'étend une plaine usée jusqu'à la couche marneuse, qui vient en troisième ligne dans cette partie du Sahara ; cette plaine est parsemée de gour^ qui s'étendent au loin comme de longues murailles ; la calotte de ces gour est formée de blo es de grès dur recouvrant des roches gypso-calcaires ; si l'on parcourt cette plaine, on trouve que quelques-unes de ses parties sont parsemées de pierres plates, noires, rendant sous le choc un son métallique comme celui