CHAPITRE VIII
Le dourou cinco est la pièce de 5 fr. française.
Le rial hou ter est une large pièce d'argent à l'effigie de Marie-Thérèse ; c'est la monnaie la plus connue, et la plus estimée dans tout le centre de l'Afrique.
Les pièces d'or françaises de 5, 10 et 20 fr. sont maintenant acceptées sur les marchés de Rhadamès ^t de Rhât, comme représentant une, deux et quatre fois la valeur du âx)urou cinco.
De l'aveu des négociants de Rhadamès, qui tous ont passé plusieurs années au Soudan, ce pays pourrait fournir une quantité bien plus considérable de produits, car son sol est d'or^ disent-ils, et il serait possible d'en tirer de quoi nourrir le monde entier ; mais à cause de l'insuffisance des moyens de transport, on a dû se borner jusqu'à ce jour à l'exploitation des produits les plus précieux, qui représentent des valeurs considérables sous un petit volume ; ainsi le coton, qui pousse partout sans culture, les gommes, les huiles et nombre d'autres produits dont l'industrie européenne pourrait tirer un excellent parti, doivent être abandonnés par les caravanes comme étant d'un transport trop difficile avec les chameaux. Et cependant trois causes ont toujours empêché ces mêmes produits de s'écouler en grandes quantités par les côtes de Guinée : la première est aussi la difficulté des transports ; la seconde, qui n'est pas la plus facile A combattre, est la barrière paludéenne qu'il faut franchir pour arriver à la côte, et la troisième, que la seconde empêchera toujours de détruire, consiste en une infinité de droits de passage que les marchands indigènes sont obligés de payer à tous les roitelets «t chefs de tribus échelonnés sur les routes ; or ces droits augmentent souvent le prix de la marchandise
356 DEUXIÈME PABTIE.
au point d'en rendre la vente impossible. De ces trois causes, une seule, celle de la difficulté des transports, existe vers le nord ; c'est ce qui explique pourquoi le commerce a toujours pris cette direction de: préférence à toute autre.
Si nos voisins les Anglais qui, sous le masque de rhumanité et sous le prétexte d'abolir partout la traite des noirs, fouillent les côtes en tous sens afin de trouver un passage qui leur permette de pénétrer facilement dans l'intérieur du continent africain pour en accaparer tout le commerce, si nos voisins les Anglais, dis-je, étaient comme nous possesseurs de l'Algérie,, il 7 a longtemps que des moyens de transport plus parfaits auraient été établis à travers le Sabara et que l'exploitation des produits des ricbes contrées qui s'étendent entre le lac Tscbad- et le Sénégal serait une source de ricbesses pour leur colonie. Il est vrai que cbez eux l'initiative individuelle est fortement encouragée; tandis que cbez nous, tout projet qui n'émane pas d'une source officielle, est un projet condamné d'avance ; il faut que celui qui l'a conçu ait une foi robuste, il faut qu'il soit doué d'une persévérance bors ligne pour arriver à le faire accepter, et encore est-il très-rare qu'il réussisse.
N'a-t-on pas dit de M. le capitaine Eoudaire qu'il était fou, lorsqu'il osa publier qu'une mer avait existé autrefois au sud de l'Algérie et qu'il serait possible de rétablir aujourd'bui cette mer? Mais M. Eoudaire a tenu bon : il a marcbé avec une persévérance, une ténacité dont est seul capable un bomme convaincu et d'un esprit supérieur, et il en est arrivé à prouver péremptoirement que son projet est très-facile à réaliser.
Ne se moque-t-on pas assez aujourd'bui de M. l'in-