‹ Le SaharaChapitre 139 sur 194 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Si cette règle n'est pas absolue, j^oserais presque ■affirmer qu'elle est générale, car comment expliquer autrement Pexistence, dans nombre de vallées de PErg, et notamment près du gros ghourd Dourit d Mâmmar^ sur Ta route du Souf, de ces énormes blocs de craie savonneuse, tout remplis de coquillages fossiles, que Ton dirai^ soulevés par une force souterraine ? De quelle autre façon auraient pu être soulevés également les gros blocs de grès qui sont •épars pêle-mêle, les uns debout^ ne se soutenant que par un miracle d'équilibre, les autres renversés et parfois superposés, dans les parties du hamada qui ne sont pas encore désagrégées ?

Il peut se faire que, généralement, les dunes aient -commencé à se former sur place, c'est-à-dir& avec des «ables produits dans les contrées mêmes où elles s'élèvent. Cependant, je dois excepter de cette règle les dunes de Bethboul, ainsi que celles d'El Achîja, -dans le bassin de l'Ighargbar, qui s'élèvent au milieu de plaines de grès dont la désagrégation n'est pas -encore commencée.

Quoi qu'il en soit, si les dunes n'avaient eu, pour les alimenter, que les roches sur lesquelles elles s'élèvent, elles n'auraient jamais atteint les proportions colossales que je leur ai trouvées dans le Zemoul Akbar ; l'Erg ne serait qu'une contrée sablonneuse, assez accidentée, telle qu'elle était sans doute à l'époque où les Romains firent leur expédition de Pbazanie.

Pline dit que du pays des Phazaniens, dont Cydamus était une ville, on apercevait au loin, à l'ouest, une montagne si noire qu'on aurait dit qu'elle avait subi l'action du feu, et que cette montagne fut appelée Ater. Ce serait en vain que l'on chercherait aujour-

d'hni quelque chose qui pût rappeler le mont Ater à travers les pics de sable qui s'élèvent de ce côté.

D'autre part, Hérodote rapporte qu'à partir du fleuve Triton, qui devait être le même que l'oued Souf aujourd'hui disparu sous les sables, on trouvait^ en s'avançant vers l'ouest, un pays très-montagneux, couvert de bois et plein de bêtes sauvages. Or, que trouve-t-on aujourd'hui à Touest du Souf ? Un sol en désagrégation et des dunes en voie de formation.

Le même géographe, parlant du voyage de cinq jeunes gens des bords de la Grande Syrte, dit qu'en marchant Ters l'ouest, ils traversèrent une grande étendue de terres sablonneuses^ et qu'après avoir marché bien des jours, ils aperçurent des arbres répandus dans une plaine. De là^ ils furent conduits, à travers une grande étendue de marais, jusqu'à une ville dont les habitants étaient noirs, et près de laquelle il y avait une grande rivière qui coulait de l'ouest à l'est.

Les contrées sablonneuses que parcoururent les cinq jeunes gens ne sont autres que la partie de l'Erg, aujourd'hui couverte de hautes dunes, qui s'étend au nord-ouest de Rhadamès ; les contrées marécageuses peuvent être placées au sud du lac Tritonide, où l'oued Souf et l'oued Rirh, qui coulaient encore dans ces temps reculés, couvraient le pays de leurs bras multiples, et la rivière qui coulait de l'ouest à l'est ne peut être que l'oued Djedi (ancien Nigris) qui passe au sud de Biskra.

L'aspect de ces contrées a bien changé depuis lors.

Enfin, témoignage plus récent, je rappellerai ici ce que me dit mon guide : que son grand-père allait d'Ouargla à Rhadamès en huit jours, en marchant du lever au coucher du soleil à travers une plaine sablon-

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