CHAPITRE IX
des bernons, des gandouras, des cuirs du Soudan, des tapis de Tinbouktou, des plumes d'autruche, etc. Au fond de la place étaient rangés contre la muraille, appuyés sur de longues lances et immobiles comme des statues, des hommes au costume sombre, au visage voilé de façon à ne laisser voir que deux yeux brillants d'une farouche énergie : c'étaient des Touareg ou Imouchar^ dont la tribu était établie sous les cases rondes que j'avais remarquées non loin des tombeaux, le jour de mon entrée à Rhadamès.
Après avoir parcouru l'allée centrale afin de me rendre compte de ce qui se vendait à ce marché, j'allai m' asseoir à côté du caïmacam qui, installé sur les divans qui entourent la grande salle ouverte par laquelle on pénètre sur la place du marché, causait avec le bach-agha et deux ou trois vieillards. A peine venais-je de me mêler à la conversation, qu'elle fut brusquement interrompue par l'arrivée d'un soldat qui vînt se plaindre d'avoir été insulté par un Ehadamesien. Le caïmacam lui ayant demandé de quel genre d'insulte' il se plaignait, le soldat répondit qu'il avait été traité de mulet (berhal) en pleine assemblée.
— Mulet! s'écria le gouverneur en* se levant furieux^ mulet! Et quel est l'homme qui s'est permis de traiter un Musulman de mulet? Qu'on aille le chercher !
Quelques secondes après, deux zaftis traînaient devant nous un pauvre diable dont les vêtements étaient déjà en lambeaux.
— C'est toi, lui dit le caïmacam, qui te permets de qualifier de mulet un honnête Musulman ?
Le malheureux voulut s'excuser, mais le gouverneur ayant fait un geste^ sa voix fut coupée par deux formidables coups de bâton qui s'abattirent avec
DBUXEËUG PARTIE.
lit entre ee» omoplates: puis il disparut, poUBsé par les zaftia qui le conduisirent en prison, où il devait rester huit jours, m'as3ura-t-on,
Kulet est, en effet, l'insulte à laquelle les MubuIis sont lo plus sensibles ; un homme incapable de •éer est, à leurs yeux, un être méprisable; c'est 'être la seule injirmito pour laquelle ils ne trouiudulgence.